Yessis n Teryel

Amuggar n Teqbayliyin - Forum des femmes kabyles


    Les Vingt cinq unités de bonheur

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    allouchehakim

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    Localisation : Paris
    Date d'inscription : 11/02/2007
    15092007

    Les Vingt cinq unités de bonheur

    Message par allouchehakim

    Les Vingt cinq unités de bonheur :

    Cet après midi-là, je suis rentré, chez moi, pour me reposer. Une vague de sommeil me submerge et je m’allonge en ayant à l’esprit que j’ai un rendez-vous, aujourd’hui, avec mes collègues du mastère de management de projet. Evidement, je suis toujours ravi de les revoir. Chacun d’eux a un talent particulier. Ils seraient, toutes et tous, des actrices et acteurs de légende. L’année s’est déroulée comme un film ensorcelant, que j’intitulerais naturellement : « La rencontre des maîtres ». Ils ont un métier qui fait rêver et sont humblement des grands maîtres.

    Sous l’effet de la fatigue du travail de la veille, je m’endormais presque une heure sur le canapé du salon. Habité par le souci de ne pas manquer les retrouvailles avec mes collègues, je me réveillais avec empressement. Je regarde mon mobile pour voir l’heure affichée. Je me rends compte qu’il me reste, tout juste, une demi-heure pour aller les rejoindre. J’appelle aussitôt mon ami Hervé qui devrait être, comme prévu, présent à cette rencontre. En effet, cette dernière est due à son initiative lors de nos échanges par mail de groupe. Il a bien remarqué que ma voix était grave et somnolente. Il se moque de mon état presque endormi. Il était encore au boulot. Il me disait qu’il ne pourrait pas venir, malheureusement, nous rejoindre. Lui, qui aime ce genre de rencontre, sa voix teintée de tristesse, était désolé de ne pouvoir y venir. D’habitudes, je connais l’adresse de ces rencontres à la dernière minute. Alors, je saisis l’occasion pour demander à mon ami des informations concernant le lieu de la fameuse soirée. Il m’indique que les retrouvailles sont prévues à l'escalator porte Lescaut à Châtelet vers dix neuf heures trente. Sans doute, j’aime bien l’effet de surprise. Coluche, humoriste et acteur français, disait « La vie est finie quand tu ne surprends personnes ».

    Une chaleur insolite laissait prédire vraisemblablement l’arrivée d’un orage. En dépit de ma certitude, je ne voulais pas m’encombrer avec un grand parapluie pour pouvoir me sentir léger. Je pars, de chez moi, en prenant la ligne six de Bel air et en faisant un changement à Bercy pour arriver enfin à Châtelet. Un monde fou s’entassait dans le métro. Je parviens comme même à me faire une place. J’ai eu une demi-heure de retard au Mon arrivée au rendez-vous. A la sortie du métro, je reçois le message de Céline : « Coucou ! On est à la rue Saint Denis au Café Aréna en face du numéro 24. On t’attend à toute. Céline »
    Je suis parti rejoindre mes amis dans le bar restaurant qui fait le coin. A mon arrivée, en face de moi, je voyais Stéphanie en train de téléphoner. Sa grâce flamboyante sous les beaux cheveux noirs corbeau ne laissait point les passants indifférents. J’en faisais partie. En entrant, j’aperçois Céline assise dos à la rue. Son charme de sirène éclairait naturellement tous les regards. Son bien aimé, Youssef, était comblé de s’assoir sagement à ses côtés. Quelle joie de nos retrouvailles ! Quelques minutes après, Wissam, le libanais, de la promotion précédente arrive. Je ne le connaissais pas avant. Ses premiers mots prononcés vibrent comme des cordes de luth envoûtant l’atmosphère. La dernière arrivée, Olivia, entre avec une démarche teintée de douceur et éclairée par la beauté de ses yeux.

    Sous la chaleur estivale, les chopes de bières de vingt cinq centilitres et de cinquante étaient la commande la plus appréciée. Ces dernières devenues vitales, généraient en nous une sensation inlassable et rafraîchissante. . La Techno était tellement forte qu’elle nous rendait sourds. Malgré la grande difficulté de s’écouter les uns les autres, nous nous comprenions, peut être, par instinct ou par animation des lèvres luisantes. Nous sommes restés deux fois vingt cinq minutes sous le bruit rythmé et agressif.

    De mémoire, Youssef, a demandé l’addition. L’effet de la bière n’a nullement baissé la coopération parfaite du calcul mental du couple, Céline et Youssef, bien lucide. L’éveil du maître sage, Youssef, nous a épargné de payer une chop, de cinquante centilitres, en plus. En insistant auprès du serveur pour appliquer le prix du happy hour, la détermination de notre ami était justifiée et fructueuse.

    Nous sommes en train de réfléchir pour aller dans un restaurant plus paisible. La belle Olivia a proposé un restaurant libanais, Tiné II se trouvant dans la rue Sauval à Châtelet. La proposition d’Olivia, approuvée avec appétit par tout le groupe, nous a porté vers une ambiance dont je m’attendais qu’elle serait typiquement orientale. A ma grande surprise, le décor est complètement différent. Est-ce bien un restaurant libanais ? Un univers rouge chatoyant dans lequel, les murs nous observaient avec mélancolie à travers des photos de stars légendaires en noir et blanc. Je reconnais sur ma gauche une photo sublime de l’auteur, compositeur et interprète Farid El Atrache.

    La jeune franco-libanaise est venue nous accueillir avec son charme et sourire de bienvenue. Notre choix s’est porté sur le menu Mezzi. C’est un assortiment de mezzes froids et chauds partagés avec délice et convivialité. Ce plat est servi en deux parties. Entre autre dans des assiettes traditionnelles majestueusement décorées, on retrouve des crèmes, des mousses et des purées (pois chiche, lentilles, aubergine, oignon caramélisé, poisson…etc.) La moitié de notre groupe a accompagné le plat par une belle bouteille de vin libanais. Sur nos trois tables spécialement assemblées, une grande carafe d’eau émouvante contenait avec bonté des feuilles de mentes radieuses.

    Dans cette ambiance rougeâtre chatoyante, ma pensée était partagée entre deux mondes contrastés et opposés. Le premier avait un goût amer de la guerre dans lequel le Liban est rongé depuis des années. Le deuxième est celui du don de ce peuple créatif enfantant des légendes de la culture orientales.
    A un certain moment, Olivia me demande de lui laisser le passage pour aller se laver les mains. Sous l’effet de son passage calme et coloré par le blanc élégant de sa veste et le bleu de son jean bien serré, je la voyais comme une piéride du navet.

    Céline nous racontait une anecdote avec humour concernant le séjour passé par la promotion en Finlande : « J’attendais mon tour pour rentrer dans la salle de bain. C’était Eddy, qui prenait son bain tranquillement. A sa sortie, il se croyait seul et était vraiment surpris de me voir dans le salon. Il s’est enfuit dans la salle de bain pour se couvrir. »
    Après un moment et un regard très timide envers son compagnon, Youssef, sa révélation a fait tomber le mythe d’un seul coup.
    Elle semait le doute avec son sourire mitigé entre sincérité et bluff. Elle rajoutait : « A ma plus grande déception, les vingt cinq centimètres de bonheur que j’imaginais de ce beau black de grande taille n’était pas au rendez-vous ! »

    Olivia, avait l’air aussi assommée que Céline : «Ah bon ! Ce n’était pas si impressionnant que ça !»
    Céline : « Bof ! »

    Les échanges et les partages étaient fort sympathiques. L’heure de partir et de payer l’addition est arrivée. Céline et Youssef m’indiquaient plaisamment le montant de vingt cinq euros à payer.

    Enfin, cette agréable soirée me fait penser à un extrait d’un enseignement de Khalil Gibran (1883-1931), poète et peintre libanais tiré de son chef d’œuvre traduit dans le monde entier disant: « Et celui qui est versé dans la science des nombres peut vous parler des confins du mesurable, mais ne saurait vous y conduire ! »


    À la rue Sauval

    À la rue Sauval, son envol est à la piéride de chou
    Sa voix me chuchotait à l’oreille, je suis ton marron chaud

    À la rue Saint Denis, sa timidité souriante attendrit mon ardeur
    Son regard réveille en moi une passion dictée par le rêve de ses yeux
    Je me voyais alors noyé dans l’océan de sa jupe bleu en soie
    O toi le Saint, fait de moi une pirogue sillonnant son mystère

    A la rue Sauval, son envol est à la piéride de chou
    Sa voix me chuchotait à l’oreille, je suis ton marron chaud

    Heureux d’être sauvé par son coup d’œil bridé pour reprendre mon esprit
    Le parfum de son pollen venu d’Asie envahit, petit à petit, mon âme à nouveau
    J’aurais aimé me réincarner à son bijou en forme de lézard autour de son cou
    Sa parole était un beau conte de son voyage vers l’Argentine et le Pérou
    C’est beau! Elle n’était pas seule ; son mémorable souvenir est vécu à deux

    À la rue Sauval, son envol est à la piéride de chou
    Sa voix me chuchotait à l’oreille, je suis ton marron chaud

    Son don de caméléon hante mon être troublé
    À première vue, ses cheveux colorés aveuglent mon sens
    Ma bière blanche s’est convertie en brune noir corbeau
    Mon coeur heurté par la blancheur de sa peau
    Depuis, son pas de danse orientale me rend fou
    A la rue Sauval, son envol est à la piéride de chou
    Sa voix me chuchotait à l’oreille, je suis ton marron chaud

    O toi romancier à la sauce marseillaise, ma parole serait, d’ores et déjà, méfiance

    Saches que mon écoute de ton corps bouilli serait, alors, disciple de ton silence

    Sirène, reine de tout étendue parle moi de la pirogue divinement sculptée
    Comme disait le poète, un trésor c’est pour qu’on y touche
    Conforme au grand bonheur car son mythe n’est toujours pas tombé !

    À la rue Sauval, son envol est à la piéride de chou
    Sa voix me chuchotait à l’oreille, je suis ton marron chaud


    À bientôt Wink
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    Message le Lun 17 Sep - 17:51 par louisa

    Azul Hakim,


    Je ne sais si la purée de pois-chiche dont tu parles est la même partout, mais à moi elle donne un haut-le-coeur épouvantable... ça ressemble à du vomis qui a peu durci, et le goût est simplement affreux:pale:

    Et que fait Farid el Atrache, un chanteur égyptien, dans un resto libanais? Enfin, moi j'aurais l'impression de manger devant la télévision algérienne des années 70...et comme je crains les indigestions...

    Anyway...

    Pour le 25 cm qui n'était pas au rendez-vous: c'est peut-être juste une panne d'inspiration??? Loin de moi l'idée de dire que ton amie Celine ne soit pas inspirante... cheers

    Message le Sam 22 Sep - 16:09 par allouchehakim

    Le menu d’un oisillon:

    Azul Louisa,
    Bonne lecture!
    En guise de réponse à tes commentaires, je te propose mon plat du jour que je nommerai volontiers le menu d’un oisillon.
    Comme entrée, je te dis la raison pour laquelle la photo de Farid El atrache se trouve dans le mur de ce restaurant libanais : l’auteur, compositeur et interprète est mort le 26 décembre 1974 à Beyrouth au Liban. A mon avis, c’est une façon comme une autre de lui rendre hommage par la restauratrice. Elle a choisi le design consistant à mettre en valeur les portraits les plus marquants de la culture orientale d’une manière générale.
    Je t’invite à écouter, jusqu’à la fin, cet extrait où l’auteur exprime l’un de ses talents :
    http://www.dailymotion.com/relevance/search/farid+el+atrache/video/xufhz_awel-hamsa-taqsim-farid-el-atrache_creation

    En te lisant, je songeais d’assembler quelques résidus de ma mémoire d’enfance pour te les présenter sous forme d’une histoire d’un plat inédit. D’une manière générale, j’apprécie le goût de la purée. Sans doute, la bonté de la première nuit d’automne réveille, en moi, la véritable cause de la saveur très appréciée. En effet, j’étais enfant. C’était le début des années quatre vingt. A cette époque, ma famille n’avait pas encore le poste de télévision à la maison. Toutefois, pendant les longues soirées, je me sentais bercé par la chaleur familiale et entièrement envoûté par le feu de la cheminée du coin. Ceci dit, je me considère chanceux parmi ceux qui ont de l’électricité et l’eau de robinet à domicile. Nos voisins des villages sur les collines plus hautes ont dû attendre le début des années quatre vingt dix. C’est à dire quarante ans plus tard après l’indépendance pour avoir de l’électricité chez eux.
    A ce stade de ma petite histoire, j’ai longuement pensé parallèlement à ton indigestion d’autrefois et au vécu des villageois de nos collines ``N imesdurar``. Toute chose égale par ailleurs, ton indigestion causée par le programme oriental de la chaîne unique est insignifiante comparativement au quotidien des villageois qui faisaient leurs besoins dans l’obscurité.
    Néanmoins, La chanson de Ferhat serait éventuellement un remède presque parfait. Cette chanson que tu pourras écouter en lisant mon histoire. Elle serait l’équivalent d’une belle bouteille de vin précieusement préservée.
    http://j.naili.free.fr/index.php?page=imesdurar

    Je te laisse le soin de découvrir les secrets de mon plat préféré à travers ma narration. Ce jour-là, ma mère garda le bébé de la voisine, à nous, qui était employée dans un collège. Le petit ne veut rien manger car il était malade. Mon étonnement est éminent d’observer ma maman en train de mâcher la pomme de terre salée qui était cuite sous la braise en flamme du bois d’olivier. Elle faisait avaler la première bouchée au bébé. J’ai été presque dégoûté de voir la purée mâchée. Cependant, j’ai été vraiment surpris de voir le petit, tout d’un coup, affamé au point de manger si rapidement toute la pomme de terre. Je m’adressais à ma mère avec la grimace d’un enfant embarrassée: « A ma connaissance, ce que tu fais n’est pas bon pour le bébé». Sa réponse était spontanée : « Yekred wfroux ad yeslqed vavas! » ; elle rajoutait avec son sourire tendre où je me voyais illuminé par son regard de l’instinct maternel : « Toi, tes frères et ta sœur, vous étiez élevé de la même manière ».
    Aujourd’hui, je me dis que c’est tout à fait naturel à l’image des oiseaux qui donnent instinctivement la becquée à leur petit. De ce fait, je suppose que la genèse du goût tant estimé de la purée proviendrait de ma douce enfance.

    Enfin, concernant les vingt cinq centimètres qui n’étaient pas au rendez-vous, tout en demeurant dans l’univers du mesurable, je te propose cette pensée en guise de dessert: « Peu importe la taille de la marmite ou la longueur de la louche ; pourvu qu’y ait la grandeur du cœur pour faire la bonne soupe ».
    Bonne dégustation!
    à bientôt Wink
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    Message le Lun 24 Sep - 20:43 par louisa

    Cher Hakim,



    Je ne crois pas que j'ai besoin d'écouter el Atrach...il y a comme ça des «talents» qui ne m'émeuvent point...

    quant à ta maxime de la fin du texte, je la partage avec toi. Mais l'important est que ton amie Céline l'approuve elle aussi...au cas où tu l'aurait oublié, c'est elle qui adorerait les metres rubans...

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