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    La domination araboislamique

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    louisa
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    Date d'inscription : 02/01/2007
    05122007

    La domination araboislamique

    Message par louisa

    Azul,

    Pendant que la scène médiatique algérienne est ocuupée par la visite de Sarkozy et, surtout, par ce débat stérile, hypocrite, improductif et d'arrière-garde sur la repentance de la France, voilà que les «Amazighs» (entendre les Kabyles) continuent à se faire avoir en douce, avec l'appui de quelques Kabyles de merde, attirés par les miettes que leur jette leur maître !

    En effet, le HCA (le haut conseil à l'amouzighité) vient d'organiser un colloque au tritre révélateur: Les Amazighs et l’Islam : 14 siècles d’histoire

    Cela sous-entend qu'avant l'arrivée de l'islam, les «Amazighs» étaient encore dans la Préhistoire!

    Le ministre des affaires religieuses va jusqu'à s'interroger sur l'existence d'une vie spirituelle chez les amazighs avant l'arrivée de l'islam, faisant fi d'une vérité scientifique, à savoir que la croyance, la pensée religieuse serait née au Néolithique, c'est-à-dire bien avant l'Antiquité!

    Même l'homme de Néandertal avait une vie spirituelle, mais les Amazighs n'étaient RIEN!



    La conquête arabe dans les pays du Maghreb au VIe et VIIe siècles (Ier et IIe siècles de l’hégire) demeure une période obscure à cause de l’inexistence de manuscrits d’histoire élaborés en langue amazighe.
    C’est dans cette optique que s’est ouvert hier à la Bibliothèque nationale du Hamma (Alger) un colloque intitulé « Les Amazighs et l’Islam : quatorze siècles d’histoire » à l’initiative du Haut Commissariat à l’amazighité (HCA). Il est question « de traiter de toute la sphère dans laquelle évolue la religion musulmane au Maghreb », explique le SG du HCA. Premier à intervenir, Mohand Akli Hadadou, docteur d’Etat en linguistique. Il regrette le fait que l’Islam n’ait pas encore bénéficié des études qu’il faut dans la vie des Berbères. D’après les recherches menées, il ressort que « le Maghreb musulman a pleinement participé à la civilisation universelle », indique-t-il. L’orateur ajoute que l’Islam est devenu un élément très important dans la personnalité des Berbères. Pour sa part, le SG du Haut Conseil de la langue arabe a souligné que les habitants du Maghreb refusent le diktat, comme en témoigne leur résistance aux invasions des Vandales et des Romains. « Les Berbères ont adopté l’Islam par conviction et même contribué à sa propagation à l’extérieur de la région », témoigne-t-il. De son côté, le ministre des Affaires religieuses et des Wakfs, M. Ghlamallah, indique que la conversion des Berbères à l’Islam s’est opérée d’une manière assez rapide. Il n’a pas manqué de soulever quelques zones d’ombre : quelle était notre religion avant l’Islam ? Sommes-nous des chrétiens, des juifs ou tout simplement des païens ? Et au ministre de donner un élément de réponse : « Selon tous les colloques organisés par le ministère, nous n’avons pas trouvé de trace d’un rite spirituel dans la société berbère avant l’Islam », ajoutant que l’essentiel est de mettre en évidence le rôle important joué par les Berbères pour propager l’Islam en Europe et en Afrique. Dans ce sens, Oukil Mustapha, de l’université de Tiaret, rappelle que la conquête de l’Espagne en 711 par le Berbère Tarek Ibn Ziad était menée par une armée de 12 000 hommes dont 9000 soldats berbères. En outre, Bekhtaoui Khadidja, de l’université de Sidi Bel Abbès, affirme que les Berbères avaient des rites spécifiques à eux, bien qu’ils soient influencés par les croyances des étrangers. Selon elle, la conquête du Maghreb a butté sur une grande résistance comme celle de Kousayla et de la Kahina, mais il y avait également une cohabitation et une coexistence pacifique. Kanoune Hayate, de l’université de Sidi Bel Abbès, souligne, elle, qu’il y avait une multiplication des actions de rébellion menées par les Berbères à cause de la politique répressive menée par les walis envahisseurs. Elle relève que Okba Ibn Nafai a recouru à des méthodes violentes dans le Maghreb, ce qui avait provoqué son assassinat par Kousayla. « Okba a opté pour la stratégie militaire, contrairement à Abou Hadjer Dinar qui a préféré la cohabitation pacifique », dira-t-elle, en expliquant que Okba était un homme militaire et non politique. Il est à souligner que les travaux du colloque se poursuivront jusqu’à demain et seront clôturés par un débat de synthèse.
    Mustapha Rachidiou


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    «Je cherche des géants et je ne trouve que des hommes, me disait jadis une amie.» Le Deuxième Sexe. Simone de Beauvoir.
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    Message le Jeu 6 Déc - 16:06 par louisa

    Abderezak Dourari, directeur du CNPLET
    Plaidoyer pour une meilleure prise en charge de tamazight
    Abderezak Dourari, directeur du Centre national pédagogique et linguistique pour l’enseignement de tamazight, ( CNPLET) nous livre dans cet entretien quelques impressions sur le colloque que le centre qu’il préside organise pour la seconde fois. Il relate la situation de l’enseignement de tamazight en Algérie et son devenir. Pour M. Dourari, tamazight doit se libérer des considérations politiques afin de laisser les spécialistes la gérer.
    La Dépêche de Kabylie : M. Dourari, pourquoi le colloque intervient-il ces jours-ci ?
    Abderezak Dourari : Le colloque était prévu et il est annuel. L’année passée il a eu lieu en décembre. Cette année fin novembre, c’est pour permettre, précisément de prendre les dispositions budgétaires, parce qu’à partir du 20 décembre, on ne peut plus rien payer. Le colloque était prévu depuis le mois de mai passé. A cette date précise, on avait commencé à envoyer l’information sur le colloque depuis le mois de juin. Si votre idée consiste à faire un rapprochement avec les élections, je dirai que cela n’a rien à voir. En réalité ce sont les élections qui ne savaient pas quand elles devaient se tenir.
    En tant que directeur du CNPLET qu’attendez-vous de ce genre de rencontres et colloques ?
    Ces colloques, nous rapprochent en tant qu’institution de recherches avec des chercheurs en tamazight partout sur la planète. Là où ils sont, on aimerait bien les contacter et réfléchir ensemble et en même temps, susciter la réflexion sur nos problèmes, donc ceux de l’enseignement de tamazight. Aujourd’hui il n’y a pas une prise en charge scientifique de cet enseignement. Je ne sais pas si c’est spécifique à tamazight, je pense que c’est exactement la même chose pour la langue arabe et les autres langues. Pour l’anglais et le français, heureusement, elles ont des chances d’appartenir aux pays qui réfléchissent et qui sont bien organisés. Donc la réflexion se fait et on l’importe automatiquement et c’est tant mieux. Pour les langues arabe et tamazight, il n’y a malheureusement pas de traditions de réflexions sur les problèmes de cet enseignement et de cette pédagogie. C’est pour cette raison, donc que nous essayons en tant qu’institution de veiller à cela et ce, malgré nos très maigre moyens de nous brancher précisément sur une réflexion sérieuse sur cet enseignement. On a besoin de le moderniser et de le rendre attractif et on a besoin que les problèmes liés à cette langue soient réglés afin qu’elle puisse avoir une image plus positive auprès des locuteurs du berbère et aussi, des autres locuteurs algériens et maghrébins.
    Es-ce que les conclusions de ce genre de colloques sont prises en considération par les institutions de l’Etat, notamment le ministère de l’Education nationale ?
    Je crois que les institutions de l’Etat ont créé cette institution de recherches, en principe pour précisément faire ce genre de travail. Ça, nous on ne peut pas le savoir. Ce que nous savons, par contre c’est que nous sommes une institution de recherche, nous faisons de la recherche scientifique, nous publions nos travaux, une chose extrêmement rare dans ce pays. Avec seulement quelques personnes au niveau du Centre de tamazight que je dirige, nous avons organisés un colloque et nous avons publié les actes dans la même année.
    Donc les actes du colloque précédent ont été éditée à la fin juin 2007, c’est-à-dire, sept mois après sa tenue. C’est une grande première et nous distribuons gratuitement, d’ailleurs, nos réflexions et les actes des colloques à toutes les instances de l’Etat, qui sont d’une manière ou d’une autre impliquées dans la prise des décisions sur les langues et sur la culture d’une manière générale et parce que nous avons des sponsors.
    Selon vous quelle est la situation de l’enseignement de tamazight en Algérie ?
    La situation de l’enseignement de tamazight en Algérie reste aléatoire malgré quelques avancées notables, malheureusement ces avancées ne procèdent pas, c’est-à-dire, elles ne sont pas nées d’une réflexion d’ensemble. C’est ça qui est malheureux. Donc elles sont des avancées erratiques ou spontanées. Il y a quelques avancées, elles sont très faibles, mais elles sont bonnes. Sinon, d’une manière générale, l’enseignement est mal pris en charge. Il est mal pris en charge au niveau de l’analyse scientifique des profils des enseignants qui interviennent, de même que l’analyse des profils des élèves qui suivent les cours et il est mal pris en charge au niveau des contenus et des méthodes à partir desquelles on fait les manuels et à partir desquelles est réalisée, finalement la fiche du cours de l’enseignant. Donc il y a pas mal de choses, qu’il est nécessaires de revoir et il y a aussi le problème de l’unification des méthodes en Algérie. Il y a les lacunes qui sont liées à la normalisation de la langue nationale tamazight. L’ensemble de ces paramètres font que l’enseignement est loin d’être au beau fixe. On a besoin de réfléchir, de le repenser, de le critiquer y compris dans sa composante humaine.
    Sur le plan politique y a-t-il une volonté d’accompagnement afin de permettre l’épanouissement de cet enseignement ?
    Je crois que la politique est maintenant hors jeu, à partir du moment où il y a une instance de recherche dans le domaine de l’enseignement, de la pédagogie et, en même temps de la normalisation de tamazight qui est ce centre (CNPLET) et que l’Etat a décidé de présenter un décret de création d’une académie algérienne de tamazight, qui, dans son acronyme serait dite "Aâlem". Donc, Aâlem, sachez, savoir et c’est peut-être ça. C’est comme ça que je le lis, mais je blague un peu ! si on a deux grandes instances de recherches et de normalisation, cela signifie que le politique doit, maintenant, absolument céder le pas devant la recherche et la science et que tamazight devienne un champ d’études et d’analyses comme n’importe quel autre champ, par exemple la langue arabe, la langue espagnole… Il faut laisser ça aux scientifiques et aux pédagogues. Le politique a arraché et, je me permet d’utiliser le mot, il a réussi à arracher ce qu’il fallait arracher. Donc des instances scientifiques spécialisées dans le domaine et qui peuvent, évidemment, du mieux qu’elles peuvent améliorer cette prise en charge, parce qu’il n’y a aucun enseignement qui débute et qui s’améliore du jour au lendemain. Vous savez, je vous étonnerez si vous dosez, par exemple, que pour la langue arabe scolaire, celle enseignée à l’école, il y a de très graves problèmes dans la prise en charge de cette langue. Nous travaillons dans cette langue avec les données grammaticales et lexicales du 8e et du 9e siècle de l’ère chrétienne. Ce qui est une véritable catastrophe. Au niveau du contenu pédagogique, on est dans des contenus conservateurs et qui reprennent les clivages dans les sphères arabo-musulmanes des 9e et 10e siècles. Cette année, il y a eu, par exemple des débats sur la notion "El Khawaridj". Pour nos compatriotes et concitoyens mozabites, le mot Khawaridj a été inventé par les Sunnites. C’est-à-dire, un clan politique contre un autre. Donc, l’Etat algérien n’a pas à avoir à opter au profit des Sunnites ou des Ibadhites. Ce n’est pas son rôle, l’Etat algérien est l’Etat de tout le monde. Les Ibadhites, sont des Algériens, d’abord avant tout et ensuite, ils sont Ibadhites, ils ont le droit d’être appelés comme ils préfèrent être appelés. Ils veulent être Mozabites, il veulent être Ibadhites mais pas nécessairement prendre l’appellation polémique quasiment insultante, donc de l’attitude du clan de Mouâwiya Ben Abi Sofiane. Vous voyez bien qu’on est pas véritablement loin de ces problèmes y compris, par rapport à la langue arabe. En grammaire arabe aujourd’hui, des choses qui reviennent à Sibaoui, c’est un peu exagéré. Sibaoui a vécu aux deuxième et troisième siècles de l’Hégire. C’est-à-dire, les huitième et neuvième siècles de l’ère chrétienne. C’est très loin ça. On est obligé de moderniser la grammaire arabe aujourd’hui et lui donner un contenu pédagogique moderne afin que l’arabe ne soit pas déprécier, dévaloriser par l’apprenant, eu égard à la langue française ou anglaise. Il faut faire la même chose, la même procédure avec tamazight. Il faut qu’il y ai des contenus modernes, des méthodes modernes et des méthodes qui ne soient pas inspirés de l’idéologie. Il faut qu’elle soient des méthodes inspirées de la science et de la réflexion scientifique.
    On évoque souvent le problème de la graphie pour transcrire tamazight, entre les caractères latins, arabes et le néo-tifinagh, qu’en pensez-vous en tant que spécialiste en la matière ?
    Vous avez déjà, peut-être, entendus, depuis ce matin, vous avez vu notre ami venu d’Australie (Robert-André Savage) et vous avez vus que quand lui-même a projeté par data-show ses données, il y avait trois transcriptions. Il avait fondamentalement une transcription en tifinagh des Touaregs et ce n’est pas le néo-tifinagh, il a, aussi, transcrit en caractères arabes. On a bien compris, à travers cette étude de la sylabéfication que, précisément, encore une fois, je le dis et je le pense véritablement au niveau structurel, donc au niveau de la linguistique interne, le caractère arabe à une fonctionnalité absolument fabuleuse, parce que précisément, il ne note pas beaucoup les voyelles et c’est tant mieux. Parce que, précisément dans la syllabe berbère de manière générale et là, c’est un peu trop général ce que je dis, la voyelle n’est pas si importante que ça. Maintenant, la question de la graphie est totalement idéologique, elle n’est pas véritablement scientifique. La décision en la matière est une décision de type politique et symbolique, elle n’est pas une décision purement scientifique. Je rappelle que les institutions scientifiques réfléchissent avec les méthodes de la science, peuvent analyser les scénarios. Dire par exemple, quels sont les avantages de la graphie arabe et ses inconvénients. Quels sont les avantages et les inconvénients de la graphie latine… elles peuvent même proposer des améliorations, etc. Mais la décision en la matière leur échappe. Ce n’est pas à eux de décider. Ça, c’est une décision de type politique et de type sociétale. Ça renvoie à l’image que la société voudrait se donner. Et bien évidemment, certaines graphies, permettraient — j’ai fais déjà une étude en 1990 sur cette question — une meilleure insertion, une meilleure acceptation de tamazight par les locuteurs maghrébins, qui sont à plus de 90% arabophones. Ils ne sont pas francophones, moi je suis francophone, la langue française est un outil de modernisation de la pensée et de la vie sociale, c’est une langue qui est absolument nécessaire pour les pays du Maghreb afin de faire une jonction avec la modernité mondiale et la mondialisation. Les autres langues, n’ont malheureusement pas ces moyens, par exemple la langue arabe, n’a pas, aujourd’hui les moyens de prendre en charge un quelconque savoir. Il ne se produit pas de savoir en langue arabe, il ne se produit pas de savoir sur la langue arabe en langue arabe, donc si vous avez envie de voir ce qui se passe en grammaire arabe moderne, il faut aller en Allemagne, en Angleterre, aux USA, en Russie, peut-être en Chine ou en France… mais pas dans les pays arabes, vous ne trouverez rien. Voilà, un peu les paradoxes et la chose dans sa complexité.
    Propos recueillis par Mohamed Mouloudj
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    Message le Jeu 6 Déc - 16:07 par louisa

    Dr Mouloud Lounaouci, chercheur linguiste
    “On n’a pas le droit de dilapider une expérience de plusieurs années en caractères latins”
    Rencontré en marge du 2e Colloque international d’aménagement de tamazight, Dr Mouloud Lounaouci, nous livre dans cet espace ses visions de la donne linguistique, notamment ses positions vis-à-vis dudit projet de loi proposé par des députés de la Chambre basse afin de transcrire tamazight en caractères arabes. En homme averti et en militant politique, il expose son point de vue sur la question.
    La Dépêche de Kabylie : Un projet de loi est déposé à l’APN demanpour la transcription de tamazight en caractères arabes, que pensez-vous en tant qu’en spécialiste de la question ?
    Dr Lounaouci : D’abord, hier, j’ai discuté avec le ministre de l’Education nationale, et apparemment ce n’est pas vraiment le cas. Il y a un texte qui a été déposé et il y a eu un certain nombre de parlementaires peut être nombreux pour imposer le caractère arabe. Le ministre ne veut pas, apparemment, m’a-t-il dit hier — imposer de caractère arabe pour tamazight. Et si les parlementaires l’imposaient, il retirerait sa loi. Donc ce n’est pas du tout ce qu’on avait compris au début. Le ministre, lui-même ne veut aller vers un caractère obligatoire, il veut attendre qu’il y est plutôt un consensus quelques parts pour expliciter sa pensée. Il souhaiterait qu’un caractère soit choisi, non pas par la force de l’autorité mais par l’acceptation, évidemment, non exprimée.
    Sur le terrain de la pratique, quelle est la graphie adéquate pour la transcrire ?
    Non, non, il faut être sérieux, à mon avis, des débats idéologiques, qu’il faut laisser de côté. Je trouve qu’on n’a pas le droit de dilapider une expérience de douze années en caractères latins, sans compter ce qui s’était fait avant, c’est un problème moral qui s’est posé à moi, ce n’est même plus un problème idéologique. Effacer tout cela d’un seul trait, faire comme si rien n’avait existé, ne serait-ce qu’au niveau moral. Tous ces jeunes, qui ont été habitués, faut-il les désalphabitiser pour les réalphabitiser et il y’en a beaucoup, et puis même sur le plan technique, le caractère latin a montré son efficacité de par le monde. A tel point que même pour la langue arabe, d’éminents chercheurs arabes voudraient latiniser l’arabe, je cite Taha Hasen, lequel a demandé la latinisation de l’arabe. Lui-même disait que dans toutes les langues on écrit pour apprendre la langue mais en arabe, il faut apprendre la langue avant de l’écrire. Je crois que c’est une réalité, il faut être sérieux, nous sommes en Algérie, l’idéologique prime, malheureusement sur le scientifique. Les politiques, pas tous heureusement, ont décidé qu’il faut garder le caractère arabe, mais ceux dépendent de ce caractère sont exactement les mêmes qui disaient que le berbère n’existe pas dans le pays. Aujourd’hui, la pression a fait qu’ils acceptent le fait que tamazight existe, il posent encore un autre obstacle qui celui du caractère arabe et l’essentiel pour eux est de retarder son développement.
    Vous avez sûrement participé à beaucoup de colloques. Les conclusions de ces mêmes colloques ne sont pas prises en compte dans l’enseignement du berbère, pourquoi ?
    C’est toujours la même chose. Je pense que la pression politique existe toujours. Elles ne sont, simplement, pas appliquées. Parfois, même les recommandations ne paraissent pas dans les actes de colloques. Un colloque se termine par des recommandations, effectivement, j’en ai participé à beaucoup et souvent on reprend les interventions, on oublie de publier les recommandations, parce qu’elles ne vont pas dans le sens de ce qui est voulu par les autorités politiques.
    Donc la volonté de casser existe toujours ?
    Il y a au moins une volonté d’obscurcir les idées.
    Un dernier mot ?
    De toute manière, les problèmes de langues, ce sont des problèmes à solutions difficiles dans tous les pays, il ne faut pas croire que cela ne se passe rien qu’en Algérie. Les efforts sont un travail de longue haleine pour que chaque fois qu’il y ait des problèmes linguistiques qui se soulèvent, j’ai travaillé personnellement sur la langue de l’Espagne — j’ai rencontré des militants catalanistes de l’époque de Franco et seul l’espagnol était accepté. J’ai rencontré des Basquistes du Mouvement culturel basque et ceux du Mouvement culturel catalan qui activaient à l’époque de Franco, on a l’impression, d’ailleurs cela était l’objet de mon DEUA, que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Donc il y a une minorité dominée, une réaction des dominés et une pression qui s’est faite sur le pouvoir. Il y a un moment historique où le pouvoir commence à céder, mais par petits morceaux et puis il y a un moment où il est obligé de tout céder, mais entre le moment où il cède un peu et celui où il cède totalement, la distance historique est très longue. Nous, les Berbères, on n’échappera pas à cette distance historique.
    Propos recueillis par M. Mouloudj




    La dépêche de Kabylie, édition du jeudi 6 décembre 2007
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    Message le Ven 7 Déc - 16:13 par louisa

    Retour sur le séminaire “les Amazighs et l’Islam, 14 siècles d’histoire”
    Langues, religions et vérités historiques
    Le colloque qui s’est tenu du 3 au 5 du mois en cours à la Bibliothèque nationale d’El Hamma était une initiative fort louable du HCA, et une opportunité singulière pour décortiquer au mieux la rencontre de l’Islam et du peuple berbère du Maghreb. Et, par là même, éclairer la longue histoire qui s’en est suivie quatorze siècles durant, dont des pans entiers sont par le passé délibérément occultés ou restés méconnus pour diverses raisons.
    Le colloque a eu, aussi, le mérite de plancher sur le coté pragmatique des faits et événements historiques, mettant ainsi en veille le volet idéologique le long des travaux.
    Ci-après la problématique dont le colloque s’est proposé de faire le bilan : l’arrivée des Arabes à la conquête du Maghreb au sixième et septième siècles a eu lieu après la fin du règne des Romains. Certes, les Arabes sont venus en conquérants, mais porteurs d’une religion, l’Islam, qui, lui, était embrassé à telle enseigne que les Berbères sont devenus ses fervents promoteurs.
    Ainsi, Tariq Ibn Ziad est allé, avec pas moins de 12 000 hommes dont 9000 Berbères, conquérir l’Andalousie. Contrairement aux Orientaux, les Berbères vont adhérer aux schismes ; kharidjisme, chiisme,…ou les hérésies locales. Ils se sont imprégnés de culture musulmane, tout en gardant leur culture d’origine, leurs traditions et leur langue.
    Après l’ouverture officielle et présentation de la problématique, Hassen Remaoun de l’université d’Oran donna le coup de starter au colloque par l’exposé intitulé “l’Afrique du Nord et le passage de l’antiquité au moyen- âge en Méditerranée”. C’est là une séquence de l’histoire qui continue toujours de nous interpeller et qu’on se doit de constamment revisiter, dira d’emblée l’orateur.
    Mustapha Oukil, de l’université de Tiaret, a, dans sa communication intitulée « Mouvement de l’avancée de l’Islam au Maghreb », fait une esquisse de la résistance berbère, notamment ceux des montagnes et du Sud. « La chrétienneté était la plus ancrée avant l’Islam. La culture arabe a connu les mêmes problèmes que celles qui l’ont précédée au Maghreb », dira-t-il. Et d’ajouter : « C’est pour cela que la conquête a duré soixante dix longues années, contrairement à l’Orient, qui lui, est conquis en douze années ». Par ailleurs, Khadîdja Bakhtaoui de l’université de Sidi Bel Abbes s’est interrogée pourquoi malgré la résistance des Berbères à la conquête des Arabes, ces derniers n’ont-ils pas trouvé le salut en l’éminence de l’Islam qui a porté considération aux peuples sous toutes les dimensions ? Et d’enchaîner : « Ce qui a fait que les Berbères ont porté le flambeau de l’Islam en étant les maîtres d’œuvre de l’expansion de la religion musulmane en Andalousie. Ceci suite au fait que les Arabes ne les ont pas soumis à l’invasion des terres et à l’imposition des impôts. »
    Sa consœur, Hayat Kanoun de la même université l’a relayée pour souligner la diversité de l’Histoire par ses versions et ses sources ; et que parfois, il faut comparer deux, voire plusieurs, pour déduire scientifiquement la plus plausible et crédible. Notons au passage que plus les travaux du colloque avançaient, les communications – soumises au timing qui a généré un sentiment de frustration chez l’assistance qui n’était pas nombreuse- et les débats devenaient de plus en plus intéressants et enrichissants.
    « Regards et opinions croisés sur l’Islam en Afrique du Nord » ; “La revendication de l’héritage berbéro-musulman dans la Kabylie des 18 et 19 siécle” et « Pour une anthropologie des pratiques sociales de la religion : la Kabylie comme exemple », étaient successivement présentées par Kacimi Zinedine (chercheur en histoire), Younes Adeli (écrivain-chercheur) et Brahim Salhi (maître de conférence à l’UMMTO- université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou).
    Y.Adelli a, dans son allocution, expliqué que certains clercs sont parvenus à suggérer un héritage berbèro- musulman à travers les saints locaux (Hocine El Wertilani, entre autres), aux côtés de l’héritage arabo - musulman qui a eu le privilège d’être mis en valeur.
    « Le fond culturel berbère demeure imprégné de symboles très puissants; la poésie religieuse qui représente le patrimoine berbéro-musulman est un exemple illustrant à plus d’un titre. (…) les Berbères associent tout ce qu’il font à leurs pratiques religieuses », expliquera-t-il.
    Brahim Salhi a, quant à lui, affirmé que les pratiques sociales de la religion sont sujettes aux changements à travers le temps. « La culture véhiculée par l’Islam joue comme un facteur de recomposition de la culture locale qui, de son côté, l’intègre et la réinterprète à l’a une de ses valeurs et de son histoire », dira l’orateur. Et d’ajouter que « les sciences sociales, l’anthropologie et la sociologie en particulier, sont conviées à jeter un faisceau de lumière sur les destinées sociales et à différents plans. »
    Les vérités historiques dites par l’imminent chercheur Said Chibane, au cours de son pertinent exposé intitulé « l’union des Oulémas musulmans et la langue amazighe durant le colonialisme », ont titillé la sensibilité de l’assistance …Le SG du HCA, Y. Merahi, est intervenu pour tempérer les esprits : « Laissons les réactions épidermiques de côté pour élever le niveau », en exhortant les universitaires et chercheurs à continuer dans la lancée de l’objectivité qui a caractérisé les travaux du colloque. Ce qui amènera d’autres vérités.
    Moussa Imarazene, docteur en linguistique à l’UMMTO, qui a mis l’accent sur les éléments qui ont fait que l’arabe littéraire et le français occupent la sphère officielle d’une part et, le berbère –sous forme de plusieurs variantes éloignées les unes que les autres et l’arabe dialectal d’autre part et, qui se contente des rapports quotidiens tout en étant concurrencés par le français.
    Selon le même orateur, plusieurs raisons ont fait que l’arabe dialectal a émergé et que la langue berbère s’éparpille en dialectes en particulier au 19e siècle, entre autres : la rétraction des Berbères vers les montagnes, le caractère oral de la langue amazighe, contrairement à la langue arabe qui est une langue de prestige, normée, standardisée, sacralisée à travers le livre saint du Coran et, par-dessus tout, elle bénéficie de la promotion des mass médias.
    Les réponses contenant des vérités historiques donc immuables aux questions pertinentes de l’assistance ont titillé la sensibilité de certains. Ce qui amènera d’autres vérités. « En 1814, le port d’Azzefoun était opérationnel, à présent, depuis 1962, il est à l’arrêt… ». « La problématique de l’Algérie de 2007 est là, l’opposition des montagnes aux villes, l’Indonésie a eu des problèmes par rapport à leurs coutumes et à la Charia… Ce qui occasionnera à l’Algérie des années de retard, je suis désolé de le dire et sans passion aucune »… « L’Algérie ira vers un destin meilleur que celui qu’on veut lui imprimer ».
    Le Dr Lounaouci a dans son exposé intitulé « Un royaume berbère méconnu, les Birghwata », affirmé que les Imazighen ont eu à subir de nombreuses exactions des armées arabes. La révolte des populations locales créa des schismes et hérésies pour se distinguer radicalement de l’Islam orthodoxe de l’Orient. « L’époque des Birghwata localisée dans le Tanesnat – cote atlantique de l’actuel Maroc- est la seule où la langue berbère a eu un statut officiel ; ils se faisaient représenter par leur langue ». Par ailleurs, il a expliqué que les Birghwata sont liés directement au Kharidjites, qui persécutés d’Orient, se sont retrouvés en Afrique du Nord.
    En outre, Mohand Arezki Ferrad a retracé la vie et l’œuvre de El Hadj Mohand Said Tazrout, 1883-1963. Cet érudit a pu réunir le génie islamique et la langue berbère, notamment par sa poésie religieuse.
    La table ronde consacrée à la traduction du Coran en tamazight, animée par Si El Hadj Moh Tayeb traducteur du Coran de l’arabe vers le tamazight, Said Chibane, Youcef Nacib, Boudjemaa Aziri , a été l’une des étapes les plus animées. Si El Hadj Moh Tayeb a suscité l’admiration de l’assistance en évoquant son parcours qui l’a amené à la traduction du Coran depuis son enfance.
    D’ailleurs, il a ressenti une vive émotion en remontant ses souvenirs.
    Le colloque a été clôturé par un débat de synthèse au cours duquel les chercheurs ont souligné les retombées néfastes du discours idéologique sur l’Histoire et les identités des peuples et par une prise de parole de Abderrahmane Chibane, président de l’Associations des Oulémas. Notons la présence de plusieurs invités venus de plusieurs régions du pays.
    Ahmed Kessi
    La Dépêche de Kabylie, edition du samedi 8 décembre 2007

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