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    Sous le déluge et dans la puanteur

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    allouchehakim

    Masculin Nombre de messages : 56
    Age : 43
    Localisation : Paris
    Date d'inscription : 11/02/2007
    27062008

    Sous le déluge et dans la puanteur

    Message par allouchehakim


    Sous le déluge et dans la puanteur:

    Après mon congé annuel, le jour de la reprise, j’arrive à l’hôtel. Mon ami est à l’accueil. Son sourire illumine notre amitié de longue date et accueille mon retour à bras ouvert. Au même moment, le directeur de l’hôtel descend l’escalier. Sa sympathie authentique rajoute à nos échanges une touche affectueuse. Dans une atmosphère bienveillante, je me rends compte du plaisir de travailler dans l’ambiance agréable et la bonne humeur. J’en profite pour offrir des cadeaux : à mon ami des gâteaux traditionnels confectionnés par ma mère et ma sœur à l’occasion de mon départ, au jeune directeur un cendrier en terre cuite décoré de motifs berbères.
    Néanmoins, dans le regard de notre directeur se lit une anxiété inhabituelle. Il m’informe immédiatement de la situation à l’hôtel.
    -Nous avons appelé d’urgence le plombier pour déboucher les toilettes de la chambre trente trois au troisième étage.
    Après avoir posé mon porte-documents dans le casier du comptoir à l’accueil, je monte aussitôt au troisième étage. Dans cette chambre se trouvent le plombier Carlos, sa femme et son frère José tous portugais. On devine, tout de suite, que les deux hommes sont frères. Leur ressemblance est bien présente. Ils sont forts physiquement et de taille moyenne. Carlos a dans la cinquantaine ; il paraît plus âgé de quelques années que José. Au départ, je croyais que la femme de Carlos était la cliente qui a loué la chambre. Après les présentations, j’ai compris qu’elle accompagnait son mari et son beau-frère à l’hôtel. Elle m’explique qu’elle a l’habitude de ce genre d’incident car elle est gardienne d’immeuble. D’un regard inquiet, elle rajoute que probablement il faudra appeler les pompiers pour déboucher la conduite principale. En effet, quand Carlos tira la chasse d’eau des toilettes de la chambre, l’eau est sortie dans la salle de bain de la chambre d’à côté.
    C’est une véritable catastrophe. D’autant plus, qu’il serait quasiment impossible de reloger nos clients dans des hôtels avoisinants. La disponibilité des chambres d’hôtels à Paris, ce jour-là, est presque nulle ; il y avait des salons… Ainsi la demande est supérieure à l’offre. Dans le jargon d’hôtelier, on dit que c’est la haute saison.
    Carlos et José sont partis voir dans la chambre à côté. Je suis resté un moment avec la femme de Carlos assise sur le lit. Elle me dit :
    - Si mon mari est touché par le caca, je lui interdis de rentrer à la maison.
    Sa réflexion vis-à-vis de son mari m’a fait rire
    - Ah bon ! Non…Ha ! Ha ! Ha ! Prions pour qu’il soit sain et sauf.
    Je suis sorti pour aller rejoindre Carlos dans l’autre chambre. La situation s’est aggravée subitement. La mauvaise odeur se propage dans la chambre. Les eaux usées sortent de la cuvette anglaise comme un volcan en éruption.
    Je descends en vitesse au rez-de-chaussée pour prendre des serviettes usagées. Nous avons réussi à stopper l’eau grâce à ces dernières en évitant d’endommager la moquette de la chambre.
    Carlos m’a demandé de lui ouvrir les autres chambres avoisinantes. Elles sont intactes et nous sommes rassurés. Après réflexion, Carlos a déduit qu’il fallait descendre à l’étage inférieur et se mettre en dessous de la chambre. Je lui ai ouvert donc la chambre vingt trois.
    Il m’expliquait avec méthode
    - Je dois ouvrir le toit de la salle de bain et déboucher le coude commun des deux chambres au dessus. Il me faut un escabeau.
    Nous nous sommes allés chercher ensemble l’escabeau dans la cave. Nous avons réussi à le faire rentrer dans la salle de bain de la chambre. Carlos commençait à ouvrir le faux-plafond en poussant de côté les plaques métalliques imbriquées une dans l’autre. Il me montre le coude qu’il devra dévisser et déboucher après. Il prend un seau en plastique pour récolter les eaux usées qui couleront une fois que le bouchon de coude sera ouvert. Vu l’espace occupé par la baignoire, il était contraint de mettre l’escabeau contre le mur comme une échelle.
    Il me demande
    - Peux-tu caler l’escabeau et bien le tenir pour qu’il ne bouge pas.
    Je lui répondis en le prévenant des conséquences éventuelles de son intervention.
    - Oui, je veux bien t’aider mais si tu ouvres ce coude ; il y aura une explosion de caca.
    - Ha ! Ha ! Ha ! T’inquiètes pas, j’ai déjà fait ça plusieurs fois. J’ouvre le couvercle petit à petit.
    J’appréhendais en imaginant la suite de l’aventure de Carlos. Tout d’un coup, dès qu’il eut ouvert le couvercle, une pression d’une puanteur insupportable jaillit. J’eus le réflexe de sortir immédiatement de la salle de bain et de rentrer dans la chambre. Je vis passer un projectile de jus de caca sous mes yeux. J’étais légèrement touché sur la manche de ma chemise du côté de la main avec laquelle, j’avais tenu l’escabeau. Ça débordait dans tous les sens. On aurait dit que les vitres étaient sauvagement taguées avec de la merde.
    J’entends Carlos avec son seau en résistance à l’infection
    - Puuuuttttttttttain ! AaaaaaaH ! Puuuuttttttttttain !
    Le fou rire m’a mit par terre. Je ne pouvais pas me relever. Je pleurai de rire. Je voyais l’escabeau glisser de quelques centimètres. Je luttais par terre pour me relever afin de tenir à nouveau l’escabeau.
    - Descends de là Carlos… Descends.
    Je l’entendais une seconde fois
    - AaaaaaaH ! Puuuuttttttttttain !
    Avec un courage ahurissant, il était déterminé à continuer jusqu’à ce que toute la pression sorte entièrement.
    J’essaye de me reprendre pour lui tenir l’échelle et éviter sa chute. J’esquive la pluie de jus de caca. L’eau usée continue à couler et m’obligeait à lâcher. Je tape un coup sec l’escabeau en plein milieu. Je réussis à le remettre à sa position initiale. Je rajoute des serviettes par terre pour l’empêcher de dégringoler. Quel soulagement! Il s’est arrêté de glisser d’un coup sur la dalle de sol.
    J’ouvre les fenêtres prestement. L’envie de vomir m’étouffe. Je n’ai pas arrêté de vaporiser avec le désodorisant dans la chambre pour pouvoir respirer. Au bout de quelques instants, la pression s’est arrêtée. A sa grande surprise, Carlos trouve un rouleau complet dans le coude qui a bouché complètement la conduite. Il réussi finalement à la déboucher. Lui qui est monté au départ avec son tricot violet et redescendu entièrement jaune par le déluge de merde qu’il a subit. Je lui ai ouvert l’eau pour qu’il puisse se laver. Son état est difficilement imaginable. L’état de la salle de bain était lamentable.
    Je lui racontais la réflexion de sa femme de tout à l’heure
    - Ta femme m’a bien dit que dans cet état lamentable, tu ne rentreras pas à la maison.
    Avec son rire chaleureux et son air doux, il me répondit
    - Elle n’a qu’à prendre quelqu’un d’autre.
    Je l’ai accompagné vers la douche du personnel pour lui donner tout le nécessaire pour qu’il prenne sa douche.
    J’ai prévenu le directeur de l’état des chambres. Il a appelé aussitôt une société spécialisée et prestataire dans le ménage. En l’espace d’une heure tout a été remis en place, les chambres ont été désinfectée et bien nettoyées. Le cauchemar d’une aventure insolite est décidément fini. Nos clients ont rejoint leurs chambres dans des conditions revenues à la normale. Nous n’avons enregistré aucune réclamation ce soir-là. C’est certainement un véritable exploit.
    Sans doute, ce qui m’a ému le plus est le fait que Carlos, l’homme de la situation, est resté très calme, sans aucune colère en gardant son sourire. Son humilité m’a montré qu’il n’y a aucune raison légitime d’être en colère même sous un déluge de caca sur la tête.

    à bientôt!Wink
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