Yessis n Teryel

Amuggar n Teqbayliyin - Forum des femmes kabyles


    La solidarité avec les Arabes : je ne m’en sens pas capable!

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    louisa
    Admin

    Nombre de messages : 262
    Date d'inscription : 02/01/2007
    09012009

    La solidarité avec les Arabes : je ne m’en sens pas capable!

    Message par louisa

    Le conflit israélo-palestinien défraye, pour la énième fois, l’actualité internationale, reléguant à l’arrière-plan ce qui se passe en Afrique par exemple.



    Pourtant, personnellement, je ne me sens nullement touchée. Ou plutôt, je fais comme si je ne me sentais pas concernée. Car, derrière cette indifférence feinte, se cachent l’embarras et une blessure.



    L’embarras d’abord.



    Depuis 1989, avec la chute du mur de Berlin, partout dans le monde libre, et moins libre d’ailleurs, on a décrété la mort du communisme. Politiques, politologues, économistes, financiers et autres argentiers ont procédé, minutieusement, au décompte, à juste titre, des crimes, pêle-mêle, du marxisme-léninisme, du stalinisme, du maoïsme et du socialisme – dans toutes ses nuances…



    Pas très loin, les nouveaux philosophes, talonnés de si près par les théologiens, nous martellement la permanence, l’irréductible permanence, de la nécessaire croyance, de la foi en un dieu unique comme seule voie salvatrice de l’humanité! Un Dieu, avec une majuscule s’il vous plait.



    Pourtant!



    Pourtant, en ces temps d’incertitudes et de «vide idéologique», on n’ose pas faire le bilan du monothéisme!



    Sans remonter à Abraham qui aurait eu la révélation à l’âge de 3 ans parait-il, en moins de 3 millénaires, cette doctrine a quand même accumulé crimes sur crimes : des peuples et individus qui ont refusé de s’y soumettre, aux peuples lointains qu’on a conquis, soumis à l’impôt, à la taxe, à l’esclavage, après avoir pillé leurs richesses et décapité leurs forces vives, aux civilisations-cultures-langues-us-coutumes qu’on a civilisées par l’épée, la décapitation, l’ostracisme, l’interdiction, aux bûchers érigés pour les femmes, les scientifiques, les révolutionnaires, les athées, les apostats, les étrangers, etc.

    Parce qu’à bien y regarder, le conflit israélo-arabe n’est pas un simple conflit territorial. C’est un conflit qui puise ses racines dans la religion monothéiste. Et moi, je suis une athée qui croit à la laïcité comme seule voie possible de la gestion de l’espace public.

    Israël n’est pas un état laïc. Et Gaza, à l’instar de tous les espaces arabes, est loin de cette revendication. Le Hamas palestinien se bat pour la charia. Il a installé ses quartiers généraux au sein même de la population civile qu’il a ralliée par le désespoir, l’impasse et la peur. Acculant les femmes au voile et à la reproduction.

    Sur le même registre de «la tactique de guerre», que dit-on de l’IRA, de l’ETA, du FLNC et j’en passe?



    Ensuite la blessure.



    Elle remonte à loin. À l’enfance. À l’école primaire. En ces temps où l’on prend conscience de qui on est, de qui on n’est pas.

    À l’école primaire, on m’avait expliqué que ma façon de me coiffer n’est pas civilisée. Je n’oublierai jamais de ma vie alors que je n’étais qu’au début de ma scolarité élémentaire, lors de la visite de Boumédiène en Kabylie à la moitié des années 70 je pense (il était d’usage de sortir les élèves du primaire pour aller applaudir le rais), une enseignante, d’origine palestinienne, m’a arraché violemment mon qerdun (ce ruban que les jeunes filles kabyles à l’époque enroulaient autour de leur chevelure pour la maintenir bien lisse et facile à démêler), comment l’enseignant d’arabe en 5e année, d’origine tunisienne, m’a plaqué une giffle parce que j’ai osé dire que le Maghreb n’est pas arabe, comment l’enseignante de 6 année, d’origine libanaise, s’arrangeait toujours pour baisser mes notes au profit de deux élèves d’origine tunisienne.



    Par la violence, le mépris, l’humiliation et la contrainte, on s’est attelé, méthodiquement, minutieusement, agressivement, férocement, à extirper mes racines kabyles une par une, à me soumettre à l’arabe, à l’islam.

    De tout temps, de tout mon être, je me suis toujours sentie kabyle, montagnarde. L’École algérienne s’est attaquée avec violence à ma sensibilité intérieure, a voulu briser ce miroir intérieur qui ne me projetait que dans mon univers kabyle.



    La langue arabe et les enseignants arabes ont été les instruments de cette violence et de ce déni.



    Voilà pourquoi je ne peux me sentir solidaire de mes bourreaux arabes.



    Je suis athée, laïque et kabyle. Pour toutes ces raisons, je renvoie dos-à-dos Palestiniens et Israéliens. Je sais comment meurent les peuples, ils n’ont rien à m’apprendre!


    _________________
    «Je cherche des géants et je ne trouve que des hommes, me disait jadis une amie.» Le Deuxième Sexe. Simone de Beauvoir.
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