Yessis n Teryel

Amuggar n Teqbayliyin - Forum des femmes kabyles


    Les femmes sont-elles contradictoires

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    el.douwen

    Masculin Nombre de messages : 10
    Localisation : Saintes
    Date d'inscription : 14/03/2009
    22032009

    Les femmes sont-elles contradictoires

    Message par el.douwen

    Les femmes sont elles contradictoires ?

    Le film "irgendwo in Africa" (nowhere in Africa) [histoire vraie je crois]
    Allemagne, années 40. Walter est juif et se résoud à quitter l'Allemagne. Il trouve une place en Afrique puis supplie sa femme Jettel de l'y rejoindre. Arrivée là bas, elle rechigne, elle est nostalgique de son confort, de sa famille.. Après de longs mois elle s'attache à leur ferme africaine, et leur fille Regina adore leur cuisinier Owuor. Alors, lorsque Walter souhaite partir à Nairobi servir son armée, Jettel, pour la première fois lui dit non. "Non, je resterai à la ferme avec Regina et Owuor". Jettel goûte alors pour la première fois de sa vie au bonheur d'être une femme libre, au bout du monde.. Quelques années plus tard, la guerre étant finie, Walter souhaite rejoindre l'Allemagne, pour reprendre sa carrière d'avocat et participer à l'histoire en s'impliquant dans le grand procès de Nüremberg. À nouveau Jettel dit non, "non je resterai ici, n'importe où en Afrique mais je resterai". Walter hésite, fait une sorte de chantage affectif, jusqu'à un point où Jettel finit par lui dire "écoute, si nous devons partir, partons, mais c'est toi qui prend la décision". Et ils repartent..
    Je me suis longtemps demandé pourquoi elle était partie avec lui. Sans doute une sorte de "raison" qui lui fait dire "ne suis pas tes caprices", une sorte aussi de plaisir peut être que peut éprouver une femme à se laisser conduire, mais aussi et surtout je pense une sorte d'habitude culturelle par laquelle la femme se résoud à ne pas tirer les rênes de la vie.
    Il y a donc dans cette histoire une contradiction de la femme, entre le désir éprouvé d'être libre, et le réflexe de suivre son mari.

    Une histoire de la mythologie celtique, à l'instar de Mèl Gibson: Arthur est fait prisonnier par un roi voisin, qui le libère sous condition: il a un an jour pour jour, pour ramener la réponse à la plus difficile des questions "que veulent les femmes". Arthur cherche et finit par désespérer de la réponse. On lui indique qu'une vieille et laide sorcière connaît la réponse, mais il rechigne à aller la voir. Finalement un jour avant le délai il se résoud. Elle demande, en échange de la réponse, à épouser l'un des plus nobles chevaliers de la cour, et proche d'Arthur, le chevalier Gauvain. Arthur préfère la prison, plutôt qu'imposer un tel mariage à celui qui est en fait son cousin. Mais Gauvin ne le voit pas de cet œil "allez-y, dit-il, vous comptez plus que moi". Alors la vieille sorcière donne la réponse: "ce que veulent les femmes, c'est être maître de leur destinée". Arthur revient chez le roi belliqueux et donne la réponse: il est alors libéré de son contrat.
    Vient le jour du mariage, et la sorcière dit à Gauvain, "en fait je suis vilaine par la faute d'un maléfice; notre mariage me transformera et à présent tu as donc un choix à faire: soit je serai merveilleuse la nuit, mais chaque jour tu te promèneras en compagnie d'une ignoble créature. soit je serai ravissante comme une déesse chaque jour, mais alors la nuit tu dormiras avec un fardeau de laideur." Que répondit Gauvain ?
    Encore une fois, une contradiction: elle veut avant tout être libre de sa vie, mais en même temps, le seul vœu qu'elle trouve à faire en échange de sa réponse, c'est le mariage. Comme si le désir d'être belle et aimée, comptait davantage que son indépendance.
    Finalement Gauvain est un homme de cœur, et il sait écouter – qualité devenue si rare de nos jours !. Il dit à la sorcière "et bien, je te laisse le choix", ce qui fait répondre à celle-ci: "bien, puisque tu m'as laissé le choix, alors, je serai belle le jour et belle la nuit". Ainsi finit l'histoire.
    Gauvain a pu résoudre la contradiction en comprenant que la beauté de la femme n'est pas un trophée pour l'homme, c'est une joie naturelle, comme l "oiseau chante sans savoir qu'il chante": être libre et être belle, choisir sa vie tout en étant aimée, ou comment concilier amour et liberté.

    Je trouve que le mariage est une belle chose. Mais je n'aime pas la façon dont cette institution est délirée par la romance américaine. Le rêve d'une femme, amour et être libre, est subrepticement dévoyé par tout un imaginaire de Barbies, où ce qui compte c'est les douze roses, la bague, la robe blanche, le regard des copines, et le fait d'être madame quelque chose. C'est ce que je voulais dire dans mon message en écrivant "des femmes qui ne se laissent dominer ni par le machisme ni par le romantisme". Soyez libres, belles âmes, et renvoyez nous à la figure tout ce que nous faisons depuis d'horribles siècles pour vous maintenir en bocal !

    La religion a quelque chose de beau, un monastère, des êtres qui prient, la Parole, tout cela est un grand mystère. Mais la religion a quelque chose de moche, en tant qu'elle est institutionnalisée. Quelle est la place de la femme dans l'église catholique ? Selon la lithurgie, seul l'homme peut donner la messe, car l'homme représente dieu, et dans l'imaginaire chrétien, dieu est vu comme principe masculin fécondant (par l'esprit) les humains et toute vie, vus comme principe féminin. Bon, le symbole est le symbole et le cantique des cantiques, c'est beau. On peut aussi imaginer une autre lithurgie et d'autres archétypes. Mais en tous cas le problème c'est quand l'église se permet d'interférer dans la sphère privée. Durant tout le Moyen Âge, par la propagande de la "chasse aux sorcières", l'église a en fait mené une grande chasse au féminin. Et finalement voilà ce que l'église propose à la femme: le mariage ou le bûcher. Romantisme ou machisme. Je crois qu'il existe une connaissance intuitive des choses, et que c'est plutôt la femme qui connaît cela. Un lien privilégié avec la nature, le bien être; l'église a anéanti cela. Un rapport intime à la santé, à l'accouchement, à la psychologie.. les médecins, les obstétriciens, et les psys sont en grande majorité des hommes...

    À côté de cela se pose aussi la question de savoir qu'est-ce que c'est, être un homme. On ne peut pas définir la femme sans définir aussi l'homme. Il y a plusieurs angles de vue pour cela. L'angle cro-magnon consiste à dire que l'homme c'est le chasseur, qui ramène la viande et la sécurité au foyer. L'angle culturel européen, consiste à dire que l'homme c'est soit le dominateur, soit le bon mari. L'angle new age, que l'homme doit être doux et se féminiser. L'angle romance américaine, l'homme doit être musclé et savoir manier les flingues: bandeur d'adrénaline. Retour à la case sauvage.

    Le film "die weiße Masaï" (la Masaï blanche) raconte un coup de foudre d'une Allemande pour un beau black Masaï. Elle s'installe avec lui, quitte tout et commence une nouvelle vie. Dans le petit village où elle découvre une autre façon de vivre, elle cherche une idée pour malgré tout être autonome. Elle monte un petit commerce. Son homme, analphabète, ne peut la suivre dans cette aventure, il ne peut pas faire les comptes, ni dire non aux amis demandant des prêts; il ne peut que suivre ses consignes à elle et subir son agacement lorsqu'il se montre trop gentil avec les clients: tout ce qui est à vendre, il le donnerait aux amis du village... Finalement il perd sa place traditionnelle d'homme (celui qui dirige). Et ne le supporte pas. Elle n'est pas rentrée dans le moule qu'il attendait d'une femme. Et lui ne se sent alors plus "homme".

    Il est urgent de réinventer, par delà les cultures, les mythes cinématographiques, ou même les traditions, de réinventer la définition d'un homme et d'une femme. La "culture" ne peut pas remplacer la tradition, ni se superposer à elle, en tous cas pas abruptement, cela conduit à l'incompréhension. L'"aventure ambigüe" de Cheikh Amidou Kane nous montre comment il est difficile de concilier ces deux extrêmes.

    Mon grand père était professeur de lettres classiques, français, latin et grec. Nous nous promenions un jour et nous avons aperçu une personne qui marchait, jeune, mince, cheveux courts. Mon grand père me dit "à ton avis, est-ce un homme ou une femme" ? On ne distinguait pas bien, fille un peu "garçon manqué" ou homme un peu effeminé ? Il me dit alors "quel mot utiliserais tu pour décrire cette ambivalence" et nous avons trouvé le mot "uniformisation". Il conclut "dans toutes les civilisations, l'uniformisation est synonyme de déclin d'une société".

    Voilà au moins peut être une constante, on doit se polariser, homme et femme comme les deux voltages opposés d'un courant électrique qui allume une lampe. On voit dans le cas des vrais jumeaux, que souvent une dissymétrie se profile, l'un est plus mince et l'autre plus gros, l'un plus littéraire et l'autre plus scientifique, l'un plus extériorisé et l'autre plus solitaire... Il semblerait qu'un couple formé par deux êtres fonctionne toujours comme ça, le moteur serait la différence. Moi j'aime l'image idyllique d'un homme à la Tarzan et d'une femme sensible et joyeuse. Pourtant quelle merveille aussi qu'une femme combattive qui n'a peur de rien. Je suis donc persuadé qu'on ne peut pas figer les rôles.

    Je ne sais donc pas comment définir les rôles complémentaires respectifs de la femme et de l'homme. Mais ce que je sais, c'est que le désir de liberté est le même chez les deux, malgré les apparences.

    Le Grand Bleu: Luc Besson, Jacques Mayol est amoureux de la mer et des dauphins. Il peut descendre à plus de 110 mètres en apnée. Un jour il rencontre Johanna qui tombe subitement amoureuse de lui. Coup de foudre. Elle le sent inaccessible, mais s'accroche quand même. Lui est complètement dans son monde. Un jour, dans l'eau, elle dit "j'aimerais qu'on parle aussi de mon univers, et mon univers c'est toi". Et lui ne l'écoute pas, plonge et nage avec les dauphins jusqu'au petit matin. Elle pleure. Dans sa vie, le vrai Jacques Mayol a, d'après ce que j'ai lu, souffert de son couple, qui l'empêchait d'avancer suffisamment dans toutes ses recherches yoguiques et maritimes.. Il a mal fini.
    Cette histoire est à mon avis tout à fait réversible, même si l'on a le stéréotype de la femme plus conforme et plus pragmatique, c'est faux, j'ai vu beaucoup de femmes freinées par un homme incapable de les comprendre.

    Le désir de liberté et d'aventure existe à mon avis à la fois chez homme et femme. Citons par exemple d'un côté le "pèlerinage aux sources" de Lanza del Vasto, émotion d'un homme qui rejoint le bout du monde; et de l'autre côté les livres d'Alexandra David Neel, première femme à explorer si profondément le continent indien.

    Peut-être que la seule différence entre homme et femme tient à ce que l'homme est concrètement capable de plus faire abstraction de certaines choses essentielles de la vie.. peut-être parce qu'il est moins dans la vie; on peut le formuler comme on veut.

    Conclusion; à mon avis, la contradiction citée ci dessus, entre désir de vivre ses aspirations librement, et désir d'être à deux, est partagée pleinement par les hommes et les femmes. Mais elle est, je crois, plus difficile à vivre pour les femmes dans les sociétés dans lesquelles on vit. Parce que finalement on demande tout aux femmes: de nourrir les enfants, d'adoucir l'homme, de se taire, et de porter les péchés. Alors évidemment ça fait beaucoup.

    Donc maintenant je crois qu'il est temps de réfléchir à tout cela, de démonter les mythes qui nous asservissent, et d'œuvrer pour l'égalité; il me paraît évident que ce n'est pas parce qu'il y aura plus de femmes dans les rangs des "marines" américains qu'on pourra dire qu'on a fait un pas vers l'égalité. C'est plutôt quand il y aura moins de "marines", car la guerre est toujours bêtement une histoire d'hommes.

    Je cherche dans la culture amazigh des références, des histoires d'héroïnes, de couples célèbres, de luttes, des légendes, pour approfondir cette réflexion

    Vincent
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    Message le Dim 29 Mar - 20:42 par louisa

    Vincent,


    Intéressant tout cela.

    Pour les références à des femmes berbères, cherche dans ce forum, tu en trouveras quelques-unes.

    Ceci dit, je te conseille de lire, plus près de nous, le roman autobiographique de Fadhma Mansour Amrouche, Histoire de ma vie. Mais surtout La solitude ma mère, de sa fille Taos Marguerite Amrouche. Il explique, de l'intérieur, le cheminement d'une femme kayle entre désir de liberté et l'attachement aux racines.

    Sinon, pour le reste, je crois que les «utopies libertines» n'ont pas du tout apporté de réponse au désir de liberté de la femme pour beaucoup de réponse

    On a beau dénoncer le besoin de l'exclusivité (amoureuse ou sexuelle) associé au romantisme, les humains, les femmes surtout, y reviennent.

    Mais on peut en parler longtemps...

    Message le Mar 31 Mar - 13:06 par el.douwen

    Azul Louisa
    ⵍⵓⵉⵣⴰ
    merci de ta réponse
    j'essaierai de trouver ces livres
    en fait je ne faisais pas l'apologie du libertinage, ni la condamnation du mariage
    bien au contraire je suis moi même sensible à cet idéal de l'âme sœur
    et je pense moi aussi que les femmes, et donc les hommes aussi, ne trouvent pas leur compte si l'on brise ce repère presque archétypal du couple, un homme une femme.
    maintenant, peut être qu'un agacement transparaissait dans mon message, suite à des relations mal vécues dont j'émerge à peine
    disons que dans un couple, l'écoute, me paraît essentielle. La constance des sentiments et des attitudes. Le respect des aspirations sensibles de chacun. Et que sans cela, le couple n'est qu'une juxtaposition vide de deux êtres, et que si l'on rajoute par dessus cela la crainte de ne pas faire comme les autres, le mariage comme convention normative et non plus comme élan du cœur, alors ça ne va plus.
    pour moi, l'amour devrait être naturel, et les autres questions ne devraient pas se poser.
    Les situations que j'ai décrites avec toutes ces histoires, c'était juste pour décrire cette difficulté qu'il peut y avoir à être soi même tout en se donnant à l'autre; à respecter la "bulle" de la femme qu'on aime, tout en étant très présent; à suivre nos éventuels désirs spirituels tout en vivant aussi concrètement le quotidien, à deux; à s'aimer en se respectant; à ne se sentir que moitié perdu quand l'autre n'est pas là - tout en ne cherchant pas à posséder l'autre ni à être possédé(e) par lui. etc.
    oups.. désolé j'ai parlé de trucs personnels qui n'intéressent personne; bon enfin je tenais quand même à te répondre, tant pis
    ⴰⵣⵓⵍ !
    quelle merveilleuse langue

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