Yessis n Teryel

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    L’été des oliviers « Tanbdout Uzemmur »

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    allouchehakim

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    Localisation : Paris
    Date d'inscription : 11/02/2007
    10012011

    L’été des oliviers « Tanbdout Uzemmur »

    Message par allouchehakim

    L’été des oliviers « Tanbdout Uzemmur »:

    Après tant de nuits veillées, il est temps de prendre mon congé annuel bien mérité. Cette fin d’année me semble particulière. Sous l’air joyeux des fêtes à Paris, rendre visite à mes parents une quinzaine de jours me ferait certainement du bien. J’ai prévu la date de départ, il y a deux mois. J’ai tenu à partir en cette période de vacances, deuxième quinzaine de décembre, où commence la cueillette des olives. Les jours passent vite. Depuis que je suis en France, on dirait que l’échelle du temps n’est pas la même. Peut être parce que j’ai vécu toute mon enfance dans une région entourée de montagnes rocheuses témoins indélébiles d’un temps s’écoulant plus lentement.

    Ma destination est mon village natal, véritable colline féerique en Kabylie, Ighil Ali. J’arrive à l’aéroport d’Alger où mon père et mon frère m’accueillent à bras ouvert. Depuis l’ouverture de ce nouvel aéroport, on sent vraiment que le service est amélioré ; on trouve certainement plus de plaisir à rentrer au pays.

    Je fais partie de la génération de jeunes ayant quitté leur pays pour s’installer à l’étranger. Le regretté Da Slimane Azem l’a si bien chanté dans sa chanson qui reste nécessairement œuvre intemporelle « l’Algérie mon beau pays » :
    « Je me rappelle cette nuit d'orage
    Entouré de mon père et de ma mère
    En exil dès mon jeune âge
    J'ai préparé mes affaires
    Pour mon premier voyage
    M'exiler au-delà des mers

    Je revois d'ici mon village
    Et tous ceux qui me sont très chers
    Pour moi ce paysage
    Est le préféré de la Terre… »


    Quitter cette terre qu’on aime change inévitablement le cours du destin. Les raisons d’aller ailleurs sont multiples: voyager, vivre un rêve, poursuivre des études, trouver du travail,...Le phénomène de l’émigration ne date pas d’aujourd’hui. Il y a ceux qui réussissent à avoir leurs papiers et d’autres malheureusement pas. Après six années, j’ai finalement obtenu un titre de séjour renouvelable m’ouvrant au droit de travailler. Ceci est une bonne chose notamment pour avoir la possibilité de revenir et retrouver enfin mes racines.

    L’arrivée au village est teintée de la joie des retrouvailles. Revoir toute la famille, les amis et les voisins sont des instants affectueux et paisibles. Aller au café, la nuit, est un moment très attendu. Certains jouent aux cartes, d’autres aux dominos. Entre les coéquipiers, les échanges sont parfois houleux. Souvent autour d’une table d’habitués, on trouve des admirateurs. Il y a de quoi prendre du plaisir à les écouter. Particulièrement cette atmosphère de jeu bouillonnante où émergent de nouvelles expressions plaisantes et de nouveaux surnoms. L’échange se fait avec dérision, code et métaphore. Même après la fermeture des petits groupes se forment en continuant à débattre des heures et des heures allant parfois à refaire le monde. Il y a de ces nuits où les débats continuent sans cesse. On prend conscience de la notion de temps qu’en voyant les premières lueurs de l’aube qui apparaissent. On entend certains sortir, très tôt le matin, pour commencer leur journée.
    -Bonjour tout le monde, vous êtes encore là!
    -On ne va pas trop tarder, il va falloir qu’on rentre se reposer un peu.

    Chanceux de ces moments amusants où on rit à pleurer, les noctambules rentrent enfin chez eux. Pour cette première nuit, ma rentrée est tardive. Impatient et tout excité d’apprécier la journée, je m’apaise en me disant que quelques heures de sommeil me suffisent amplement pour me réveiller en forme.

    Cette année mon père a acheté un âne pour acheminer la cueillette des champs vers la maison. J’ai croisé deux fillettes étonnées et impatientes. Hésitant un moment à me parler, tout d’un coup, sous l’innocence de leur timidité qui s’éclipse, elles se mettent à plaisanter avec moi. L’une d’elle commente en éclatant de rire:
    - Cet âne est tout blanc ! Ah ! Ah ! Ah !
    L’autre lui réponds à haute voix avec ses yeux exprimant toute la curiosité et l’attente de ma réaction :
    -Ah ! Ah ! Ah ! On dirait qu’il l’a neigé !
    Je réponds à mon tour vraiment enchanté que mon passage soit comme l’événement qui fait la une des deux fillettes:
    - C’est tout à fait vrai, moi aussi j’ai rarement vu une si belle couleur.
    Je leur propose de les faire monter. Au départ toutes gênées, elles viennent en courant. Elles étaient aux anges de cette expérience drôle.

    Cet animal est habituellement d’une douceur et gentillesse extraordinaires. Dans le passé, son utilité était obligatoire pour les villageois qui effectuaient des tâches quotidiennes dans ces régions montagneuses où la nature est rude. A présent, on ne l’utilise qu’occasionnellement en particulier pour la période de la cueillette.

    Mes parents évoquent une époque où nous en avions un. A ma grande surprise, je redécouvre tout le vocabulaire de plusieurs accessoires de l’animal : lahlas, taverda, chefer, tazmbilt, lemehamel,...etc.

    Ils me disent que la semaine dernière, un froid maussade enveloppait toutes les collines et toute la vallée de la Soummam.
    Pour ma première journée, le beau soleil matinal est au rendez-vous. Mon frère a pris des jours de congé spécialement pour la récolte. Avec mon père, ils sont déjà partis vers Asmer, champ indiquant l’Est au village. Je sors tôt le matin pour faire quelques courses et saisir quelques brèves rencontres amicales autour d’un café. Ma mère prépare le déjeuner avant le départ. La gamelle est soigneusement rangée dans le grand panier en paille avec une grande bouteille d’eau.

    Dans la cour de notre maison au village, ma mère lève ses yeux au ciel en me disant :
    - T’as vu la phalène ?
    - Oui, c’est juste un papillon, et alors ?
    -Avechir n lekhir ! C’est un signe de chance !

    Etonné, je ne voulais pas la contrarier en essayant simplement de prêter attention à ce qu’elle dit. Ma mère croit profondément à l’interprétation des signes faisant partie de ses réflexes au quotidien. D’ailleurs, elle fait juste après un vœu:
    -Que cette journée soit chanceuse et que la cueillette soit davantage porteuse !

    Cliquer sur le lien pour voir la vidéo
    http://www.dailymotion.com/video/xghf4y_l-ete-des-oliviers-tanebdut-uzammur_people



    Prêts à attaquer cette première journée de travail, nous partons vers l’oliveraie rejoindre le reste de la famille. Notre passage est par la rue principale du village vers Tadjmaht. Ce lieu est une sorte de petit forum où les vieux sages dans le temps se réunissaient pour organiser la vie au village. Il représente l’instance suprême où se prennent les décisions, le règlement des conflits et des sanctions.

    Sur ce chemin, j’avais une pensée pour le vieux Daï, décédé il y a de cela quelques années. C’est un homme qui avait du charisme. Il se distinguait vraisemblablement comme un être solitaire au mode de viE occidentale.
    Il y a de cela une bonne dizaine d’années, juste après mon retour du service militaire, il était âgé et malade. Il est de la même génération que mon grand père maternel. Ce dernier décédait bien longtemps auparavant, au début des années soixante. Je n’ai pas eu la chance de le connaître. Je me suis dis que c’était l’occasion de rendre visite au malade et pourquoi pas de discuter un peu de mon grand père. Je décide alors d’aller le voir dans sa maison située juste avant Tadjmaht. Les derniers temps, il restait chez lui et ne sortait dehors que rarement. Je suis parti lui acheter quelques fruits. Habituellement, c’est ce qu’on achète pour rendre visite à une personne âgée ou malade. À l’entrée, Lala Qouqou, sa femme, m’accueille chaleureusement. Son sourire reste comme une belle flamme ardente. Ses beaux yeux reflètent un charme unique. Et puis, je rentre dans le séjour où son mari est allongé. Il était très conscient. Je suis surpris qu’il me reconnaisse. Il me demande des nouvelles de mon frère aîné. Il raconte volontiers le contexte dans lequel mon grand père et lui ont vécu. Notre échange devient de plus en plus passionnant. Sa culture et ses explications de philosophie de vie est captivante.
    Cependant, à un certain moment de notre échange, il exprime le vœu de mourir. Je ressentais une gêne d’évoquer ce sujet. Je répondis par une expression usuelle que les gens formulent à l’égard d’une personne âgée.
    -Il te reste encore de la baraka.
    Tristement, il me fixa des yeux un moment, et puis répondait :
    -La seule chose que je veux, est de partir en paix !
    Son envie de partir cette fois-ci est d’une toute autre nature voulant prestement quitter le monde. D’un côté, les aléas de la vie ont fait subir à sa santé de la souffrance au point qu’il devient complètement indisponible. Et de l’autre, une raison déduite à travers son discours est que tous les gens de sa génération qu’il a côtoyé ne sont plus de ce monde. Ces disparitions lui font plus de peine que les maux de santé.

    Une photo ancienne en noir et blanc posée dans le coin sur un petit meuble, attire toute mon attention. Il était très jeune, habillé en tenue militaire. Durant son service en France, à cette époque, il décrocha le poste de chef mécanicien d’atelier. Il passa un concours avec ses compagnons du régiment. A l’issue des tests finaux, les autorités militaires le gardèrent. Les autres partirent au front. Il resta sur place jusqu’à la fin de service.

    Pensif, il me regardait en me disant :
    -La place où tu es assis, Yves courrière, écrivain et journaliste français, qui édita une œuvre monumentale « La guerre d’Algérie », a mangé du couscous. Ce jour-là, mon ami Abderrahmane était présent.

    Avant de le quitter, il me conseilla essentiellement sur deux points importants à ses yeux: le premier est d’avoir l’œil grand ouvert vers ses parents et en prendre soin car cette affection donne miraculeusement de la puissance aux ailes de la progéniture. Le deuxième est la lecture : lire, lire et lire car ce plaisir est la clé de l’ouverture d’esprit et la compréhension de ce monde.

    L’apriori que j’avais à son égard d’un individu distant voire froid s’est entièrement transformé par cet échange en une découverte d’un personnage très attachant.

    Sur le chemin vers l’oliveraie, on distingue le vieux plafond de Tadjmaht fait à l’ancienne attirant tout regard de passant. Sur le côté, un cercueil en forme de civière est posé verticalement à l’intérieur d’un placard. Ce coin avait constamment une existence forte dans mon esprit depuis que je suis petit. Et pourtant, le cimetière qui est au milieu du village nous rappelle à chaque instant la mort mais je crois que cet objet a une sorte d’odeur étrange rappelant au quotidien la cérémonie du décès. Autrefois, ce lieu fut décisif pour organiser la vie au village.

    Vivre dans la ruralité, laisse tout décès comme événement très important où nombreux assistent à l’enterrement. Du coup, on vit le deuil des personnes qu’on connaît. Cependant, vivre loin et ne pas y assister laisse croire que les personnes disparues sont toujours vivantes. La tristesse de ne plus les retrouver est déchirante. C’est en étant présent sur le lieu que cette absence devient tangible et pesante.

    A l’étage de cet endroit, une pièce était utilisée autrefois comme classe coranique. On l’appelle la mosquée d’en bas. J’avais cinq ans quand je suis rentré pour la première fois dans cette pièce. Tous les enfants de ma génération étaient là, dirigés par l’imam. Il avait un bâton dans ses mains. Tous les petits récitaient à haute voix des versets en boucle.

    Avant de partir de cette classe, j’ai eu droit à ma première boule à zéro par ma mère. Tout petit, je me disais que ce jour n’est sûrement pas un jour comme les autres. Je me sentais complètement perdu. C’est le grand oncle Da Aïssa qui m’avait accompagné. Je ne comprenais guère de ce qui m’arrivait. Je m’assis par terre et au bout de quelques minutes le cheikh me parla directement. Je ne comprenais rien de ce qu’il me disait. Cette fois-ci, sa colère augmenta en me fixant du regard. Je ne savais pas quoi faire. Soudain, il me tapa d'un coup sec à la tête avec ce bâton d’oléastre ôté de tige. Par ce mal odieux, je ne réalisais pas comment j’ai pu me fuir sur place. Il essayait de me rattraper mais je me suis échappé en me faufilant avec peine entre ses mains. Quelle chance !
    J’avais peur, tremblant au point de rater des marches des escaliers qui donnent à la rue. À toute vitesse, je me retrouve en larmes à la maison. Ma mère comme toujours était morte de rire sur ce qu’il m’est arrivé.
    Dans la semaine même mon père m’a emmené le jour du marché. Il me tient par la main. Nous croisons alors, l’imam, habillé avec bernouse blanc et sur sa tête une chéchia rouge entourée par un bandeau jaune doré. Il me reconnut de loin. Mon père s’est arrêté pour le saluer. Il a effleuré par ses doigts ma tête pour me signifier que ce n’est pas grave. Je crois que mon père était au courant de ma fuite.

    - Tu peux aller ce soir si tu veux ; Tu n’as rien à craindre.
    Je suis resté ému sans dire un mot.

    Ma mère a insisté à plusieurs reprises pour que je parte une autre fois mais je ne voulais rien savoir. Une fois, d’ailleurs, elle m’obligea à partir. Aussitôt, mon père venait juste de rentrer lui dit de me laisser à ma guise si je ne veux pas y aller et surtout de ne pas me forcer. Ce fut un grand soulagement.

    Sur ce passage de Tadjmaht, nous croisons d’autres familles ; les nouvelles s’échangent brièvement. De toute manière, il y a souvent un lien de famille entre les villageois. J’étais habillé en tenue de travail pratique pour la cueillette. Certaines personnes mettent du temps à me reconnaître. Elles s’adressent à ma mère pour me souhaiter la bienvenue:
    -Que la paix soit sur ton fils après une longue absence à l’étranger… Bienvenue !

    Des échanges chaleureux, qui me remettent de suite aux bonnes habitudes. Tout le monde se connaît. La majorité des familles vont aux champs comme au bon vieux temps. En empruntant les sentiers qui mènent vers les terres entourant le village sur le passage de Tazdayet, j’aperçois une vue laissant le cœur grand ouvert. Sur cette descente Chrougaâ, l’herbe humide est en hauteur d’une vingtaine de centimètres de sol. Les premiers rayons du soleil matinal font briller les goutes d’eau comme des cristaux. Mon esprit s’évade dans l’espace où le paysage est éclatant. Mes yeux contemplent pleinement les grands rocs Vouhvlal et Azrou Nerfis. Sur ces hauteurs, l’être est naturellement comme un oiseau en envol sillonnant toute la vallée, les montagnes rocheuses pour atteindre un horizon fascinant.
    Je respire l’air doux et agréable en disant à ma mère
    - Que c’est beau ! T’as remarqué, ce sentier est étrangement très pierreux.
    -Dans le passé, il n’y avait vraiment aucune pierre. Les villageois travaillaient la terre. Ces petites pierres servaient pour maintenir les murets à la clôture d’arbustes, cactus… C’étaient parmi les tâches quotidiennes d’entretien des champs par les paysans.

    Bien qu’on soit en hiver, on dirait que c’est un soleil d’été. La conversation avec ma mère s’éblouie par la clarté du ciel bleu qui nous laisse émus.
    -Ah ! Il fait merveilleusement beau.
    -Habituellement, en cette période, il y a des jours bien ensoleillés. On les appelle l’été des oliviers. Les villageois sont heureux de ramasser la récolte et de profiter de belles journées.

    A notre arrivée, mon père et mon frère ont déjà étalé les deux filets verts autour de l’olivier. On dirait que l’arbre est habillé et attend d’être taillé.

    Quand, j’étais petit ma mère récupérait des sacs de blé, d’orge, de semoule,… qu’elle transformait en genre de drap servant à entourer l’olivier et ramasser ainsi la récolte. Mon père comme la grande partie des villageois a exercé cette activité ancestrale durant toute sa vie. Il eût un savoir faire qu’il enrichissait au fil des années grâce à sa propre expérience. Il me disait qu’il a appris ce métier depuis l’enfance en observant un fellah, tailleur d’arbre que notre grand père faisait venir. Il connaît ses oliviers par cœur.

    L’olivier est un arbre d’exception qui opère une véritable admiration. C’est le symbole de paix et de sagesse. Avec magnétisme, cet arbre nous livre un message ancestral d’éternité et de générosité. Sa silhouette noueuse d’une noble beauté évoque le soleil et la chaleur.

    Avec méthode, mon père commence à bien tailler l’arbre situé à l’entrée du champ Asmer. Ultérieurement, la famille fait la cueillette sur les branches coupées et sur celles qui restaient sur l’arbre. Ma tante, sœur ainée de mon père, disait que dans les années de guerre et de faim mon grand père versait de l’huile dans le trou du tronc coupé de cet arbre. Les membres de la famille mangeaient les figues sèches délicieuses plongées dans le trou. Parfois, à cette époque ils utilisaient une feuille de cactus comme récipient.

    Certes, tout le monde est à la besogne mais les sujets de discussions coulent de source. Sous les échos provenant de nos voisins gaulant les oliviers, j’écoute ma mère qui aime bien raconter et chanter comme à l’ancienne. J’ai été ravi de ces histoires de famille que je ne connaissais pas auparavant. Que c’est agréable d’être tendrement bercé par des chants d’autrefois !

    Elle ne dit que du bien de mon grand père paternel. Il l’a vraiment marqué par sa prévenance, générosité et partage. A l’époque aux périodes de cueillettes tous les proches venaient l’aider en Tiwizi. Cette entraide représentait le cœur de l’organisation du village dans le passé. C’est une pratique qui prend en compte le volet de la solidarité humanitaire.

    Ma mère s’est mariée très tôt à l’âge de treize ans. Je lui ai posé la question au sujet de son mariage prématuré
    -Pourquoi, on t’a marié à un âge si tôt ?
    Sa réponse m’a laissé un long moment effaré.
    -C’était la guerre. Dans les années cinquante, les parents avaient peur pour les jeunes filles alors ils préféraient les marier le plus tôt possible. On raconte qu’au temps de la guerre d’Algérie, une jeune femme a été prise de force par un Agoumi (Indigènes qui soutenaient l’armée française). Finalement, ils ont continué à vivre ensemble…Ils ont eu des enfants…

    Elle me raconte comme une sorte de conte authentique l’histoire de mon grand père qui a vécu pendant vingt ans avec sa première femme, Lala Ouahchia. C’est une belle histoire d’amour. Malheureusement, il a été obligé par ses parents de divorcer car il n’avait pas d’enfant. D’autant plus qu’il est un fils unique cela n’arrangeait pas les affaires. Il ne voulait pas quitter sa femme. Cette dernière l’a vu triste de cette situation embarrassante en se culpabilisant au fil du temps comme la cause de faire perdre à son mari ses parents. La décision de continuer de vivre avec son mari est devenue comme un signe de désobéissance pour ses beaux-parents. Dans le temps ces derniers avaient leur mot à dire dans la vie conjugale de leurs enfants. Mon grand père et sa première femme ont pris la décision de se séparer à l’amiable et avec sagesse. Lala Ouahchia a posé une seule condition à son mari consistant à revenir à la maison dans le cas où il n’aurait pas d’enfant.

    Elle est resté jusqu’au dernier jour en organisant, elle-même, tous les préparatifs du deuxième mariage de son mari. Une fois, le couscous de ce jour prêt ; elle est de suite partie.

    Ouahchia n’est plus revenue car mon grand père a eu finalement des enfants. Des années après, le décès de mon grand père, elle a croisé ma mère lors d’un mariage au village. Ma mère avait dans ses bras mon frère aîné qui était bébé. Elle était très heureuse et fière de prendre le petit-fils de son ex-mari dans les bras. Ma mère me disait que le moment était très touchant.

    Cette année, il y aura certainement une bonne récolte. Contrairement aux dernières décennies, les conséquences de la sécheresse avaient été néfastes. Mon père a creusé à tous les oliviers des retenues. Celles-ci sont remplies des dernières pluies. Cependant, ces trois ou quatre années dernières, les conditions météorologiques ont beaucoup changé. Il y a ceux qui disent que les deux barrages construits dans les régions avoisinantes ont crée un micro climat humide alors qu’avant l’air était vraiment sec. Effectivement, tôt les matins, on voit de la buée condensée étalée sur les flans des collines dans la vallée.

    Avec la présence de toute la famille, nous arrivons en moyenne à faire deux grands oliviers. On reste parfois toute la journée pour finaliser un seul arbre. On entend, les enfants jouer dans les champs avoisinants. Souvent les adultes les rappellent à l’ordre pour qu’ils apprennent le métier et participer dans la tâche.

    Quand, j’étais enfant ma mère me promettait dix centimes pour chaque pot rempli. Une cousine, me disait que dans le temps une arrière grand-mère n’arrêtait pas de rappeler aux petits qui couraient dans tous les sens dans le champs de faire attention et de ne pas marcher sur la terre noircie des olives. Elle m’a remémoré une ruse d’enfance consistant à écraser en cachette quelques olives dans ses deux mains pour les salir pour preuve qu’elle en a ramassée abondamment.

    Cette année avec la présence des enfants, mes neveux l’atmosphère est radieuse. Les autres familles reparties également sur les autres oliveraies redonnent de l’animation béate à ces lieux.

    Le moment tant attendu est le déjeuner où chaque famille forme un cercle pour manger tous ensemble. Les délicieux plats traditionnels sont au menu : galette, poivron, couscous,…. Evidement, on se sert aussi des desserts, boissons, fromage achetés dans les épiciers du coin.

    Sans rester longtemps, on reprend l’activité juste après. Dans l’après midi, souvent on fait une brève pause café pour se reposer quelques instants. Généralement, à ce moment-là on commence à acheminer les sacs d’olives vers la maison avant que le jour décline. Il y a ceux qui le font directement vers les huileries. Je faisais quotidiennement, trois à quatre allers et retours en chargeant l’âne de deux ou trois sacs de vingt cinq kilos chacun. J’essaye de surveiller l’équilibre de l’ânée surtout dans les passages très étroits afin de l’aider dans la pente. A chaque retour, j’accompagne l’âne déchargé. L’horizon de Lala Khadîdja teinté de rouge éblouît les yeux pour les laisser unies à ce remarquable couché de soleil.

    J’écoutais mon père raconter des petites histoires tout en travaillant. Dans le temps de l’Algérie coloniale, il y avait Abdelah qui habitait dans ce quartier nommé « Tin Ouvaâli ». Pour sa première sortie en dehors du village, il partait sur les hauts-plateaux en accompagnant son ami qui avait l’habitude de faire ce voyage. Les villageois qui partirent pour marchander, échanger de l’huile d’olive ou encore du sel et faire du troc en prenant l’équivalent en blé, l’orge,… En arrivant sur les hauts-plateaux, espace plat et immense la surprise de Abdelah est grande car il le comparait son quartier « Thin Ouvaâli » en disant: « Idyiqed a Tinuvaâli iwisiaâd y a bled Elah » « ô, Tinuvaâli, mon quartier si resserré devant cette terre étendue de Dieu des cieux! »

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    Les hommes forts d’un autre temps :

    Sur le passage de Tazdayet dans le quartier de Tazaiert à Ighil Ali, un mur de pierre haut d’environ huit à neuf mètres reste comme une énigme. En effet, tout passant aurait naturellement envie de savoir comment ce dernier a pu être bâti. Quelle force extraordinaire de ces hommes dans l’ancien temps qui soulevaient de gigantesques pierres soigneusement taillées avec lesquelles ce mur construit si élevé !

    Il circule des histoires étonnantes au sujet des hommes forts de la région qui ont vécu au début du siècle dernier. Ceci est dû au travail agricole de montagne rude nécessitant de l’effort physique considérable. Par leurs exploits de force, ils deviennent légendaires suscitant beaucoup d’intérêt même longtemps après leur mort. Les hommes robustes sont donc nombreux à cette époque. Certains d’entre eux se démarquent plus que d’autres et attirent l’attention en réalisant d’étonnantes prouesses. Parmi ces herculéens hors norme, Sanisaâdoun est à la fois agile, doté d’une grande force physique et connu également par ses prouesses de combat.

    Un jour, un propriétaire de restaurant des hauts plateaux à Bordj Bou Arreridj, originaire d’Ighil Ali, avait un différend avec un client nommé Agawa. En effet, ce client n’était pas comme les autres car il était connu pour son gros appétit. A la fois, celui de manger sans limite ni retenue mais au dessus de marché, il est violent provoquant des conflits n’hésitant pas à utiliser sa grande force physique pour ne jamais payer après consommation. Il a même sa propre table où personne n’ose s’asseoir. C’est ainsi qu’il fait sa propre loi ! Le restaurateur vit dans le tourment au quotidien.

    Jadis, il y avait des commerçants qui partaient le jour du marché à Bordj. Certaines familles originaires du village se sont même installées, là-bas, à cette époque. Un des ambulants informe le restaurateur des fameux exploits de Sanisaâdoun à qui il peut faire appel à son service pour résoudre sa peine injuste causée par le client récalcitrant.

    Le restaurateur est venu voir Sanisaâdoun en lui expliquant toute la situation. L’homme fort de la région a fini par accepter mais sous condition qu’il soit entièrement pris en charge pendant quelques jours en particulier assurer sa nourriture. L’accord entre les deux est finalement conclu.

    Une fois l’échéance écoulée, Sanisaâdoun se présente au restaurant et s’assoie exactement à la fameuse table interdite. C’est le moment où Agawa vient déjeuner. Aussitôt arrivé, il ordonne à Sanisaâdoun de se lever mais ce dernier évidement n’a pas voulu.
    Agawa voulait se battre. Après interaction entre les deux hommes, Sanisaâdoun explique qu’il ne pourra se battre que si un acte est signé chez El kadi (juge représentant la loi). Vu la prise de risque de ce genre de combat, cet acte permettra la protection des deux adversaires et ne pas se tenir responsable en cas d’incident majeur. Paraît-il, à cette époque il y a des combats qui s’organisaient de cette façon à la place du marché. Agawa a finalement accepté l’accord.
    La rencontre est organisée le jour du marché en présence du public et de El Kadi. Avant le commencement Sanisaâdoun demande à son rival s’il a envie de taper le premier ou pas. Agawa a accepté de frapper le premier en le cognant immédiatement d’un coup avec force. Aussitôt, le redoutable Sanisaâdoun réussi à l’esquiver avec agilité en ripostant à son tour. Ce qui devait arriver arriva ! La puissance de la prouesse est extrêmement fatale causant la mort sur le coup d’Agawa.

    On relève plein d’autres tours de forces remarquables concernant le personnage atypique de Sanisaâdoun.

    Un homme nommé Dechi dont on dit qu’il attardé mental et atteint de folie résidant sur les hauteurs de Tasfayet à Tazaiert. Sa violence est excessive et complètement incontrôlée. Le priver de liberté permet de le maîtriser. Ils se mettent alors à plusieurs pour l’enchainer. Toutefois, en plein nuit Dechi a réussi à casser la chaîne et à se libérer. Il a pris la fuite en empruntant la rue principale des cafés du village où la coïncidence a fait qu’il croise Sanisaâdoun. Le choc est inévitable laissant les deux adversaires se battre durant toute la nuit jusqu’à l’aube.

    Le lendemain, les villageois demandent à Sanisaâdoun de leur dire quelle en a été l’issue du duel. Sa réponse était une expression en arabe : « Khechba oulakin matchi mehrab ! » signifiant qu’en effet Dechi est un homme fort néanmoins manquant en évidence de pratique et d’art de combat.

    Le vieux Neaimi, décédé il y a de cela une vingtaine d’année, lors d’une fête de mariage, raconte une histoire d’enfance où il a en à faire au célèbre, Sanisaâdoun. Un jour, l’enfant Neaimi est parti avec son troupeau à la transhumance. Sur son passage entre les champs en montagne du côté d’Adrar, il croise cet homme fort dont tout le monde parle. Par malheur, une des brebis du Neaimi se met en plein milieu du sentier en gênant Sanisaâdoun. Ce dernier essaye d’effleurer la bête pour la repousser sur le côté. Par son geste, il a brutalement cassé la colonne vertébrale de la pauvre brebis. Heurtée, le petit est revenu en pleurant à la maison. Le père de Neaimi, Arezki, connu aussi comme un homme fort et courageux également part de suite à Adrar pour chercher la revanche et réparer l’injustice. Armé d’une sorte de boule de fer, il s’est dissimilé dans la forêt attendant le retour de Sanisaâdoun. Dès le passage de ce dernier, Arezki attaque de force en projetant le poids de fer. Malgré que le coup soit venu de dos à Sanisaâdoun qui était tout près au guetteur mais par son habilité d’art au combat, il réussit à se pencher comme s’il avait vu le coup venir en évitant le projectile. Le lendemain, l’enfant Neaimi est parti chercher le poids de fer vers le lieu où son père l’a lancé. L’arme est retrouvée complètement enfoncée dans le ravin. Vu la profondeur du trou due à la puissance de la collision, il a fallu à l’enfant qu’il creuse avec une pioche pendant un bon moment pour parvenir enfin à la déterrer.

    Les histoires des hommes forts ont continué à se raconter se transmettant naturellement de père en fils. En effet, l’enfant Neaimi est devenu adulte émigre en France. Dans les années cinquante, il vendait des noix de coco comme ambulant et sillonnant les rues de Paris avec une charrette.
    Durant cette période, il participe souvent à des concours. Parmi ces défis, il réussit à déchirer deux paquets de cartes anciennes assemblées à la fois. Il parvient aussi à soulever sept chaises anciennes en fer excessivement lourdes avec une seule main.

    On raconte que les derniers jours vécus par Sanisaâdoun ont été tragiques. Alors qu’il était excellent chasseur et vivant dans la forêt, la famine et la maladie due à l’âge avancé l’ont contraint de se nourrir de dépouilles d’animaux morts. Il est devenu vorace au point d’être sous l’emprise d’instinct monstrueux. En effet, lors de son passage au village, il a enlèvé sauvagement un enfant pour le manger. Dans la panique, tous les villageois se sont mobilisés et l’ont poursuivi immédiatement afin de libérer l’enfant. Il a fallu faire preuve de patience et de beaucoup de négociation pour parvenir à lui donner un mouton en échange de la liberté de l’enfant qui s’est retrouvé enfin sain et sauf.

    On raconte une histoire vécue à propos de Rabah, homme fort et d’une condition physique excellente. Une fois, il était présent quand le toit d’une maison était en train de s’effondrer où un tronc d’un pin servait comme poutre principale dans les anciennes maisons construites à la manière kabyle d’autrefois. Rabah disait aux gens présents de lui laisser le passage en prenant place au dessous de la poutre principale qu’il prit par son épaule. Il leur a demandé d’aller dans la forêt pour arracher un autre tronc. Incroyablement, tout ce temps-là, il réussit à rester debout à servir de pilier où tout le poids de la toiture reposait sur son épaule jusqu’à ce que l’ancienne poutre en bois soit remplacée par une nouvelle.

    Il y a de cela juste quelques années, une vielle maison a été complètement rénovée. Une quinzaine de jeunes ont déplacé très difficilement le tronc sur lequel repose le toit. Et pourtant, selon les témoignages des anciens, Rabah le portait seul sur ses épaules. En plus de cela, le tronc était fraichement arraché signifiant qu’il était beaucoup plus lourd.

    Une autre histoire étrange également vécue par Moussa que nous a raconté au café « Chez Kado ». J’ai vraiment apprécié toutes ces soirées du café. Moussa habillé avec son bernouse traditionnel kabyle de couleur blanche raconte en disant comme si c’était hier. Il était enfant. A une époque où tout le monde descendait à la fontaine El Ainser. Un jour au retour à la maison, son âne bien chargé tomba et ce fut impossible pour l’enfant de le soulever. Soudain, il voit arriver Da Moussa qui fut le sauveur. Il prend l’âne chargé sur ses épaules et remonte des centaines de mètres et le dépose à la maison de Moussa.

    Etrangement, une fois à mon retour de la maison avec l’âne déchargé, avant l’arrivée à Tala Havtich (Fontaine de Havtich), l’animal s’arrêta subitement. Je lui ordonne d’avancer tout en essayant de comprendre qu’est ce qu’il lui arrive:
    - Arr ! Arr ! Arr !
    Il ne voulait rien savoir. Il était en train de sentir un reste de crotte vraiment minuscule. Il reniflait l’odeur en écartant légèrement ses pieds arrière et ouvrant ses lèvres vers le haut en montrant ses longues dents. A ma surprise, il était entrain de pisser. Je n’ai pas chronométré mais ça ma parut vraiment trop long. Son urine de couleur citron vert coulait en flux sur ce chemin bétonné. Au même moment, le voisin d’à côté arriva en voulant rentrer chez lui mais il s’arrêta de cette situation qui paraissait insolite et pourtant toute naturelle. L’odeur de l’urine est vraiment forte.

    Aussitôt, pour ne pas laisser de trace et garder le lieu propre, je lui ai demandé
    -Pouviez-vous me remplir un bidon d’eau ?
    -Bien sûr. Attendez-moi un instant, je reviens.
    Et puis, il m’a donné une bouteille de cinq litres, jaune de l’huile de tournesol transformée en petit seau. J’ai renversé sur « Targa », sorte de rigole cimenté sur laquelle l’eau a écoulé en ne laissant pas de trace et l’odeur. C’était en plein milieu de village dans la partie haute du quartier « Azvouk ». J’avoue que ce fut une situation un peu déplaisante.

    Ceci dit, à maintes reprises, mes allées et venues avec cet âne m’ont montré tout l’opposé de l’idée qu’à priori du bourricot qui ne comprend rien. Je me disais qu’en effet, il existe un langage au-delà des mots que l’animal saisit parfaitement. Je ne le force jamais en le laissant surtout gravir la montée à son rythme. Il a sa propre technique de prendre les marches des escaliers en béton pour arriver enfin là-haut de la rampe de Tazdyeth.
    Mon père m’a aidé à déchiffrer quelques secrets de ce langage. Que c’est agréable de percevoir de telles expériences !

    Les jours se suivent et le temps est toujours magnifique. A l’approche du weekend tous mes frères rejoignent le reste de la famille. Chaque soir, des rencontres autour d’un café ou un thé permettent aux villageois de décompresser et échanger leurs expériences quotidiennes. Le plaisir de sortir la nuit est unique. Lever les yeux vers le ciel et se rendre compte de la clarté éblouissante des étoiles est un moment unique.

    L’été des oliviers qui dure quelques jours est vraiment une aubaine. Pour les familles qui n’ont pas beaucoup de champs ont déjà fini la cueillette. Pour nous, il reste quelques jours pour en finir. D’autres restent encore des mois pour arriver au bout.

    Pendant la besogne on trouve le temps à parler de tout et longuement. C’est l’occasion d’aborder des sujets divers avec tous les membres de sa famille, des proches,… notamment les grandes personnes qui racontent leur vécues.

    Une fois en fin de journée dans le quartier, le jeune Didi me disait qu’être sur l’arbre en train de cueillir des olives procure une impression de pensée profonde, de thérapie et de sensation de retrouvaille avec soi même.

    Après deux semaines enviables sous le soleil chaud et agréable, il ne me reste qu’un jour pour le départ. On aurait dit que mon contrat était fini. La météo a changé, l’arrivée d’une vague de froid est annoncée. Vers la porte de l’ouest, les hauteurs du rocher Vouhvelal, on aperçoit de la grisaille du ciel dans ces nuages assombrissant l’atmosphère. C’était comme un signe à mon départ du lendemain. Ce retour m’empêche d’assister avec énormément de regret à l’étape de la trituration. Cette dernière est tant attendue par tous les cueilleurs pour voir enfin le rendement de cette année.


    Cette activité ancestrale de la cueillette d’olive réveille des souvenirs et des passages émouvants. Dans chaque famille des histoires sur des hommes et des femmes sont racontées comme des légendes dignes d’intérêt marquant la mémoire collective pour la sauvegarder. Bien qu’en plein hiver mais l’été des oliviers existe bel et bien dans lequel, j’ai retrouvé des saveurs de mon enfance. Vivre ce changement de saison pendant quelques jours qui s’écoulent promptement reste un mystère. Mon âme s’est pleinement nourrit de cette nature fabuleuse faisant connaissance des merveilles de la terre natale. Sans doute, ce temps a comblé avec générosité tout mon être. Respirer l’air sublimissime de ces moments authentiques dans un univers où les anciennes traditions gaiement reconquises est bel et bien une chance inouïe. Cependant, l’esprit est au final sans cesse partagé entre le vœu d’hier, celui de voyager pour assouvir ma soif de voir des choses nouvelles et celui d’aujourd’hui cédant peu à peu la place à la nostalgie qui le tient mais restant continuellement en veille d’une espérance de rencontres à venir.

    Cliquer sur le lien pour voir la vidéo
    http://www.dailymotion.com/video/xghvd5_bonne-annee-20011-yennayer-amegaz_people

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      La date/heure actuelle est Sam 25 Fév - 8:53