Yessis n Teryel

Amuggar n Teqbayliyin - Forum des femmes kabyles


    Un renard ou un chacal ? « Uccen neɣ abareɣ ? »

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    allouchehakim

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    Localisation : Paris
    Date d'inscription : 11/02/2007
    11032011

    Un renard ou un chacal ? « Uccen neɣ abareɣ ? »

    Message par allouchehakim

    Un renard ou un chacal ? « Uccen neɣ abareɣ ? »

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    http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=AgJUDdrzcV4#at=10

    Dans cet hôtel situé à la porte du quartier du Marais, ma nuit en ce début de mois de mars est d’un calme apaisant sous le temps doux et agréable d’un printemps précoce. L’heure indique 04h :30 du matin. L’aube citadine typiquement parisienne me fait penser étrangement à celle de campagne. Cette impression est peut être due à la tranquillité rare, teintée d’aurore d’un jour pas comme les autres. Quotidiennement, pour tout veilleur c’est le moment où il s’apprête à préparer le petit déjeuner. Presque toute la lumière est éteinte à la réception. Toutefois, je laisse une petite lampe d'ambiance intime créant dans un coin une atmosphère tamisée, feutrée et romantique.

    Le téléphone sonne. Ayant lu les consignes de ma collègue du jour, j’ai attendu cette arrivée tardive. C’est la cliente de la chambre réservée au nom de Christine me demandant l’adresse exacte de notre hôtel. En voiture, accompagnée de son amie Nathalie, elles sont au bout de l’autre côté de la rue Turbigo. Je leur indique le chemin en les rassurant qu’elles sont sur la bonne rue. Juste après, je les aperçois souriantes les reconnaissant de loin toutes contentes de trouver si rapidement une place de stationnement à l’entrée de l’hôtel. Ravi de les recevoir, je les oriente vers leur chambre tout en proposant un coup de main en aidant à faire rentrer les bagages dans l’ascenseur en signe de bon accueil. L’échange est d’emblée chaleureux dans une ambiance de sympathie très appréciable.

    Une fois l’ascenseur monté, bizarrement, je reste intrigué comme jamais. J’ai crû percevoir un chacal ou un renard dans le sac à dos de Christine. Quelle situation insolite ! Je suis partagé entre l’illusion et la réalité. Est-ce la mélancolie des contes kabyles anciens de mon enfance qui me joue des tours ? Etre bercé notamment par un personnage rusé et astucieux après tant d’année laisse des traces pour créer des instants imaginaires de rêves exceptionnels. Assis à mon poste, cette pensée inattendue me fait voyager loin dans le temps pour remémorer quelques histoires drôles emplies de sagesse des temps anciens.

    Peut être, est-ce un effet de surmenage! Si c’est le cas, il est alors temps pour moi que je prenne un congé. Ma destination est sans doute mon village natal à Ighil Ali en Kabylie. Comme dit le dicton : « Adrar A uccen ! » « Ô chacal, ton terrier est la montagne ! » J’entendais cette expression pour la première fois, lors d’un concert à l’université de Bouzreaa à Alger au début des années 1990, citée par notre regretté Matoub Lounes, chantre de la chanson algérienne kabyle connu pour sa rébellion, engagement pour la liberté d’expression et des droits de l’homme. Alors qu’il interprétait sa deuxième chansons le public le solliciter de chanter encore d’autres titres de son riche répertoire poétique et engagé. Néanmoins, le contexte des années noires à l’époque que traverse le pays laisse le rebelle prendre par prudence en se libérant plutôt que prévu pour repartir avant le coucher du soleil. Le poète a exprimé cette réflexion en utilisant cette métaphore de l’image du chacal empruntant les sentiers de montagne bien qu’escarpés mais faisant sentir la sérénité et l’enracinement profond protégeant des risques de divers aléas notamment ceux des vents violents.

    Très tôt, comme à son habitude la femme de chambre, Jeanna, arrive avec des anecdotes matinales exprimées avec des mots à la fois drôles et tendres. Aussitôt, toute l’atmosphère s’illumine par l’humour et la joie de vivre de cette femme haïtienne.

    Un peu plus tard, ma collègue Liinaa, originaire de l’ile Maurice, réceptionniste du jour vient me remplacer. En plus de sa gentillesse notable, ses cheveux longs gracieux laissent à chaque passage une empreinte pleine d’élégance et de beauté. Elle est à l’image de ces actrices de Bollywood incarnant tout le charme admirable de la féminité hindoue.

    Nos discussions et retrouvailles colorées et métissées de diverses cultures s’apprécient dans le plaisir et la bonne humeur. La passation de consignes se fait en prenant du temps ensemble en toute cordialité.
    Mes deux collègues m’écoutent révéler ma vision énigmatique de la matinée. Nous évoquons le chacal jouant dans les fables indiennes et africaines le même rôle que le renard dans les fables européennes.

    Ce jour-là, avant que mes amies à la réception soient prises par le rythme de travail du quotidien, je me sens inspiré avec une touche d’extravagance et théâtrale en étant dans la peau d’un conteur complètement habité par une pensée nostalgique de la grand-mère racontant à son petit-fils: « Que mon conte soit beau et se déroule comme un long fil ! ».

    Elles sont mortes de rire en me disant que la fatigue des veillées provoque parfois des hallucinations au point d’apercevoir un chacal ou un renard dans un hôtel en plein cœur de Paris. Obstiné, je n’ai pas voulu rentrer chez moi sans savoir de quoi s’agit-il ?

    En plus de ma curiosité, mon travail oblige à ce que j’enlève toute ambiguïté car les animaux de compagnie sont malheureusement interdits dans notre établissement. Je décide alors d’appeler les clientes pour comprendre le mystère.
    -Bonjour Madame ! C’est la réception.
    -Bonjour Monsieur !
    - Désolé de vous déranger, je me permets de vous appeler car toute à l’heure à votre arrivée, il me semble, mais sans être certain, avoir vu dans votre sac à dos un animal de compagnie : Un chacal ou un renard ?
    J’entends Christine en train de s’éclater de rire en répondant :
    -Voulez-vous le voir ?
    -Je suis un peu embarrassé car les animaux de compagnie sont malheureusement interdits dans les chambres.
    -Je descends à la réception pour vous le montrer.
    Jeanna, Liinaa et moi sommes attentifs et complètement étonnés à la réception où nous sommes en train de discuter avec l’impatience de résoudre enfin l’énigme matinale.

    En voyant sortir Christine et son amie Nathalie, qu’elle fut notre plus grande surprise ! C’est tellement invraisemblable, que nous avions du mal à croire. C’est un renard. Eh bien, Christine est vraiment heureuse de nous présenter son animal de compagnie nommé Arthur.

    Elle nous conte alors son histoire véridique et émouvante: « Arthur est l’un de ces renards. Peut-être a-t-il été tué par un fermier, ou heurté par une voiture, et après empaillé et vendu à quelqu’un. Les chasseurs aiment les animaux empaillés… J’ai trouvé Arthur chez un antiquaire. Il attendait depuis longtemps, peut-être deux ou trois ans. Je n’ai pas pu résister et j’ai décidé que je pourrais lui proposer une nouvelle vie, plus joyeuse, libre à nouveau, et respectable. C’est ainsi que l’histoire a commencé. Nous étions tous les deux très seuls. Vous savez que la plupart des gens ont un animal domestique ! Arthur n’est pas devenu un animal domestique, mais simplement un HEROS ! Et cette histoire est vraie »*
    (*) http://www.christineb.fr

    Arthur le renard fait la une d’entrée ! Nous invitons Christine et Nathalie à prendre un café à la réception. Nous avons eu droit à une séance de photos faites avec complicité et affection. La présence d’Arthur vu au départ comme interdit d’accès se transforme à une prise de conscience paradoxale où le renard est adopté cette fois-ci admirablement. Sans doute, c’est un privilège pour toute la maison du Relais du Marais de l’avoir parmi nous.
    Les deux femmes sont venues de Malegoude, village situé dans le département de l’Ariège et la région Midi Pyrénées. Suite à notre accueil, elles rejoignent finalement leur chambre pour se reposer après un long voyage somnambule.
    Je rentre à mon tour chez moi pour récupérer mes heures de sommeils en disant à mes amies de la réception qui sont très surprises de l’histoire singulière de ce renard : « Mon conte est comme un ruisseau, je l’ai compté à des seigneurs !»

    Christine est artiste peintre, photographe et auteur. Elle est un esprit libre débordant de créativité. Son attachement à la nature laisse son inspiration s’exprimer avec pureté comblant l’âme de la soif de se ressourcer. Arthur et Christine ont voyagé ensemble en ayant des aventures dans divers coin du monde : en Chine, à Londres, en Afrique du sud… Cette fois-ci, c’est le tour de Paris. Afin de saisir l’histoire d’Arthur le renard, au cours de son séjour, Christine nous invite à visiter les œuvres photographiques exposées du 1er au 30 mars à la galerie UPP au 121, rue vielle du Temple à Paris.

    Avec mon ami et proche Slimane, artiste plasticien, nous sommes partis assister au vernissage qui a eu lieu le 03 mars à 18H30. C’est un moment plein de vie et de poésie. Avec talent et dextérité, le musicien et compositeur, Julien Coulon a joué au luth et à la guitare en interprétant des mélodies et partitions faisant vibrer profondément l’âme par des échos émouvants. Avec générosité et charme, Christine et son amie Nathalie nous ont fait gouter la bonne saveur fruitée des fromages et vins de l’Ariège. Faire connaissance avec des passionnés de l’art comme Philipe habitant le quartier, Yves médecin de travail… et tant d’autres est un moment d’enrichissement apprécié. J’ai retenu la complicité et l’amitié de ces deux femmes venues presque vers la fin, Anne l’architecte de métier et son amie Véronique qui ont beaucoup aimé l’exposition. Avec leur présence ouvrant des critiques artistiques constructives, elles nous ont nourrit l’esprit avec intelligence et affection. C’est une ambiance conviviale. Cette collection de photos argentique, où on trouve certaines en couleurs et d’autres en noir et blanc, procure des instants subtils de ces rêves des plus admirables.

    Le lendemain du vernissage, j’ai rencontré Christine en compagnie d’Arthur le renard pour faire une balade autour du lac Daumesnil dans le 12ème arrondissement. Juste à l’entrée nous croisons un groupe de jardinier en train de désherber et de nettoyer un espace vert juste à l’entrée du lac. Comme une icône incontournable, Arthur attire toute l’attention d’un jardinier qui vient vers nous. Ce fut un connaisseur du monde artistique de la photographie. Il aborde la thématique du droit à l’image en racontant une histoire très passionnante et instructive d’un photographe professionnel connu faisant dans le temps une collection à la fermeture du zoo de Vincennes. Christine profite de l’instant pour le prendre en photo. L’échange est tellement passionnant que nous avions du mal à nous séparer. Nous avons continué notre chemin en profitant d’un lever de soleil agréable. La douceur de ces premiers rayons donnent envie de s’installer pour savourer pleinement la bonté lumineuse de ce matin. Ce lieu permet de se ressourcer et de prendre une bouffée d’oxygène de l’air de bois de Vincennes. On croise toutes sortes personnes venues pour de multiples raisons: se balader, faire du sport, jouer à la pétanque, pécher… Christine prends des photos d’Arthur devant le temple bouddhique au côté de la statue en bronze, une magnifique sculpture représentant un groupe de pèlerins zen, les « Pèlerins des nuages et de l’eau », œuvre du japonais Torao Yazaki achevé en 1971. Dans la grotte où l’eau coule en permanence, fortement inspirée, Christine prends son temps à faire d’autres prises de vue. Nous continuons notre balade tout en faisant de temps à autre des moments d’arrêt pour discuter avec des promeneurs curieux de voir Arthur. A la sortie de l’île de Reuilly, un jeune enfant qui l’air autiste s’approche d’Arthur le renard en s’adressant à lui à haute voix comme un comédien de théâtre « ô, toi le renard, je sais que tu nous entends…reviens vers nous, je sais que tu es toujours vivant ! » C’est une circonstance singulièrement émouvante.

    Au moment où Christine contemple les branches et les feuillages sous cet arbre cerisiers du Japon, deux femmes qui faisaient leur jogging s’arrêtent tout d’un coup, effrayées de surprise d’y voir Arthur. Avec notre échange, leur peur s’est transformée de suite à un fou rire drôlement contagieux.

    A l’île de Bercy, le gardien nous informe qu’ici nous apercevons quelques fois des renards vers le bois. En faisant, le tour de cette île nous voyons beaucoup de corbeaux posées sur l’arbre perché qui nous font penser inévitablement au poème de Jean de la Fontaine : « le Corbeau et le Renard ». A cet instant, notre ami Slimane nous rejoint qui a vraiment du mal à nous joindre dans une zone où il n’y a pas assez de champs téléphonique. A notre retour, nous apercevons de loin, un beau cheval ardennais à la musculature impressionnante, traînant une calèche utilitaire guidés par deux forestiers. J’ai reconnu Bruno avec qui j’ai déjà fait connaissance auparavant. Habituellement, il est avec son ami Jacky mais cette fois-ci, il est accompagné d’un autre s’appelant aussi Bruno. Christine saisit l’occasion pour les prendre en photo. A la fin de notre balade matinale, nous nous sommes arrêtés à la sortie du lac pour faire une pause C’sters café qui fait l’angle de la place Edouard Renard à la porte dorée. Alors que nous nous installions pour faire notre commande, trois jeunes lycéennes assises à côté viennent vers nous. Elles sont toutes étonnées de voir Arthur en se demandant s’il est vivant. Une d’entre elle a poussé un cri vif en essayant de le toucher de plus près. L’innocence mêlée à la peur de l’animal des jeunes filles est une situation hilarante et amusante. Finalement, celle d’entre elles qui a eu plus peur a fini de s’attacher en prenant dans les bras Arthur en photo de souvenir d’une circonstance appréciable et mémorable.

    A travers les photographies faites avec art et passion, l’œil trouve du plaisir à s’évader dans un univers de l’intuition des prises de vue et de la beauté des couleurs. Ce renard roux en mue est un véritable Héros, non seulement, dans une histoire voire plusieurs (Arthur à Paris, à Londres, en été, à la compagne, en noir et blanc,…) Il y a incontestablement beaucoup de messages forts de sens délivrés par ce duo inséparable. Avec moralité et sagesse, ces deux partenaires authentiques montrent à tous les esprits la magie de la réconciliation avec la nature. C’est une démarche d’union entre les hommes et les animaux. Le caractère des liens est si étroit qu’ils ne peuvent vivre les uns sans les autres. La spontanéité des rencontres, faites grâce à ces deux aventuriers, Christine et Arthur, semblables à des pèlerins sur terre, illustre de la plus belle des manières la perception du vecteur de sociabilité universelle. Même si on note, parfois, d’entrée des hésitations et réactions de frayeur des êtres rencontrés dues souvent à la pensée ancrée envers cet animal comme nuisible. Cependant, les divers échanges partagés entre les uns et les autres dans l’ouverture, l’écoute et la compréhension créent peu à peu un changement spectaculaire de mentalité ouvrant la voie à l’apprivoisement tel le petit prince avec le renard permettant ainsi de vivre ensemble des instants des plus fabuleux.

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