Yessis n Teryel

Amuggar n Teqbayliyin - Forum des femmes kabyles


    Les rapports et la tradition

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    allouchehakim

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    Date d'inscription : 11/02/2007
    11022007

    Les rapports et la tradition

    Message par allouchehakim

    Les rapports et la tradition :

    En faisant des recherches sur Internet, j’ai été très heureux de surfer sur votre Forum. Je voudrais contribuer à ma manière d’une part pour enrichir mes connaissances et d’autre part pour vous encourager à continuer sur la voie d’échange et de partage. Je suis membre sur le forum du site de mon village natal « Ighil Ali » où j’ai écris, hier, un message traitant de la thématique passionnante proposée sur votre site. Merci, de m’avoir accepter comme membre sur votre Forum. Par ailleurs, je trouve que le choix de la dénomination Yessis n Teryel me fait penser à la tradition du conte dans la culture kabyle. Teryel, l’ogresse qui avale des bêtes trouvées sur son chemin. Elle est la terreur des hommes et des femmes. Et pourtant, c’est elle qui enfanta Loundja. Elle est belle et séduisante. Elle représente le rêve personnifié que tout homme veut épouser selon le conte « Loundja fille de Tseriel » écrit par notre romancière « Taos Amrouche » dans son recueil de conte «Le grain magique ». Elle a décrit parfaitement ses expériences sexuelles et son idéal de l’amour dans son roman « Solitude ma mère ». Notre poétesse a écrit sur le tabou ancestral. Ce tabou est devenu comme une discipline dont le corps souffre énormément. Elle a écrit également sur ses aventures amoureuses et ses déceptions.

    Il y a des moments, où, je me sens lié à des êtres qui sont à mille lieues de moi. Ce jour-là, je suis parti acheter des romans dans une librairie à la rue Oberkampf. C’est un ami qui m’a indiqué ce lieu. J’ai choisi, quelques romans de la littérature francophone. J’ai pris en premier, le dernier de Taos Amrouche, Solitude ma mère, Edition Joëlle Losfeld. Ma nuit, était douce et pleine d’émotions. En lisant les nouvelles de la poétesse, je me sentais lié et hanté. Cette femme à travers son écriture ouvre son cœur pour nous accueillir avec la pureté de l’âme. Le fait que nous soyons de même origine est-ce la raison de mon extase ? Non, je ne le pense pas. C’est, en moi, un sentiment qui dépasse la notion d’espace et de temps. Son écriture nous invite à vivre son histoire. La sincérité de sa confession me prend la main pour l’accompagner tout au long de sa narration. Je me suis oublié comme lecteur. Tantôt, je me voyais comme un personnage qui veut avoir un rôle pour presque être un sauveur et guérir l’immense souffrance d’une solitude déprimante de la femme mystérieuse. Tantôt, je me disais aussi les peines vécues sont comme un hiver d’un grand froid suivi vraisemblablement par un printemps beau et généreux.
    En discutant avec un autre ami sur quelques passages très touchants, je me voyais violant un lieu saint. C’est étrange comme sensation ! Lire les passages de la romancière où elle décrit sa nuit de noce, m’ont laissé perplexe et ému. Elle est issue d’une culture où la jeune mariée jetant des bonbons et des amendes sous les échos des youyous qui résonnent dans tout le village et alentour avant qu’elle rentre avec son mari pour leur nuit de noce:"Esse Ouvagousse". Elle se retrouvait dans une situation qu’elle cache même à ses propres parents et à ses frères. Robert, lui faisant la promesse de se marier avec qu’elle mais le destin était autrement. Il y a aussi le poids de l’éducation de sa mère, Fadhma Aïth Mansour Amrouche, qui lui disait : « Souviens-toi, ma fille, que l’on part seule et qu’on le revient deux ! ». Elle ne pouvait se dissocier de cette idée comme un corps et son ombre. La puissance des mots a généré, en elle, l’illusion, la souffrance et la peur transformées à une réalité. Son aventure avec Saphir met fin au mythe pour changer d’état comme elle disait : « Un meurtre venait d’être commis au bord de la seine par clair de lune, mais c’était celui d’un mythe : j’avais changé d’état.-« Le sang d’une vierge ! » Mais alors, ce qui s’était passé avec Robert et tout ce que j’avais souffert ?...ô dérision ! Etait-ce cela l’amour ? »
    En se basant sur l'histoire autobiographique d’une femme symbole d’une pierre angulaire de la culture berbère, en l’occurrence Taos Amrouche, comment peut-on faire une passerelle à nos jeunes vivant la même aventure maintenant ? Saurions-nous ouvrir une issue sûre, spacieuse et ornées de rose en signe de bonheur?
    Toute jeune fille kabyle qui perd sa virginité avant le mariage est synonyme de honte pour elle et toute sa famille. Est-ce de la tradition ou de la croyance religieuse ? Quelle est l’origine de cette pratique ?
    Dans le temps, si, j’ai bien compris, il existait « la pratique, tradition, croyance,…etc. » de montrer le sang dans un mouchoir blanc. Est-ce que cette « Tradition » existe toujours ? Dans une discussion avec un égyptien, il m’a confirmé que c’est une tradition pour eux.
    Comment la jeune mariée vit ce moment particulier de sa vie ? N’est-ce pas une humiliation pour elle ?
    Mon avis est qu’on cultive, au quotidien, au nom de l’honneur ou de croyance un grand arbre donnant, vers la fin, des fruits amers au goût de l’humiliation.
    Ces dernières années, en kabylie, nous assistons à des couples qui partent en voyage de noce loin de la famille, est-ce un symptôme de la fin de ces pratiques ?
    Qu’en t-il de cette pratique dans d’autres cultures ?
    En France, la mariée est habillée en blanc pour montrer sa virginité.
    Mes parents me racontaient qu’ils se sont mariés grâce à l’arrangement de leur parent. Ils se sont mariés très jeune. C’était le cas pour la grande majorité de plusieurs générations dans le temps. Donc, je suppose que la question d’avoir des rapports avant le mariage ne se posait que rarement. Aujourd’hui, un grand nombre de couple, chez nous, se marient entre la trentaine et la quarantaine. De nos jours, il se trouve que les couples ont une vie sexuelle même sans être mariés. Est-ce qu’on assiste à un changement de mœurs ?
    Mon objectif est, en aucun cas, de porter un jugement de valeur et de dire qu’hier est meilleur qu’aujourd’hui ou l’inverse. L’intérêt est de comprendre nos traditions et croyances pour voir plus clair nos destinées.
    à bientôt Wink

    http://j.naili.free.fr bientôt www.ighilali.net
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    Message le Dim 18 Fév - 5:47 par louisa

    Azul Hakim,

    Ansuf yissek, axxam-a d axxam-ik…J'ai visité le lien de ton village où j'ai apprécié l'effort que vous faites pour faire connaitre ce «village», haut lieu symbolique pour les Kabyles.

    Je profite pour dire que sur le lien musique fourni par ton site, on peut écouter 2 chansons emblématiques sur les droits des femmes kabyles, Tecnamm akw de Nouara et Macci ttarawsa de Djura.

    Merci pour ce post des plus intéressants.

    À propos de Taos, je suis en train de reprendre justement la lecture de ses romans. En ce moment, je lis Jacinthe noire, tomme I, Moisson d’exil. Je suis bouleversée par son écriture d’une sensibilité dévorante. Et je reprends mienne cette phrase tant elle rejoint l’orientation que je veux tant donner à ce forum : «Que d’autres écrivent; d’autres nient le pouvoir des mots et les disent vains. Je veux parler!»

    Dans ton post, tu soulèves plusieurs questions touchant la société kabyle, tout aussi intéressantes les unes que les autres. Je réaigirais aujourd'hui sur certaines d'entre elles.

    À propos de la virginité. De ce que j’ai lu, il n’y a pas d’explication simple à cette «tradition». Une chose est sûre, elle était tout aussi répandue chez les Grecs, que les Romains, les Égyptiens…Aujourd’hui même, on la rencontre aussi bien en Afrique qu,au …Japon. Même dans la très moderne Amérique, certains relais religieux cultivent le culte de la virginité.

    Antérieure aux religions, celles-ci la célèbrent : du judaïsme, à l’islam (houris) en passant par le christianisme (la Vierge Marie). Toutes en font le symbole de la pureté de la filiation! [/size]

    Pour une compréhension de cette tradition, la lecture de Freud, Le Tabou de la virginité, est très intéressante.

    «En exigeant que la jeune fille lorsqu'elle se marie avec un homme n'apporte pas de souvenirs de relations sexuelles qu'elle aurait eues avec un autre, on ne fait rien d'autre que de prolonger logiquement le droit de possession exclusive d'une femme qui constitue l'essence de la monogamie et d'étendre ce monopole au passé.»
    «Celui qui a apaisé le premier le désir amoureux de la jeune fille longtemps et péniblement retenu et a vaincu, de ce fait, les résistances qu'avaient érigées en elle les influences de son milieu et de son éducation celui-là établit avec elle une liaison durable qui ne pourra plus s'établir avec aucun autre homme. Sur la base de cette expérience la femme entre dans un état de sujétion qui garantit sa possession permanente et tranquille et la rend capable de résister aux impressions nouvelles et aux tentations étrangères.»

    Pour ce qui est de la virginité chez les Kabyles :

    L'ont-ils toujours pratiquée, cette obligation? Je ne sais pas. À croire Freud, les peuples primitifs ne l'ont pas pratiquée. La défloration d'ailleurs était pratiquée par un homme autre que l'homme, pour lui épargner la peur du sang. On peut peut-être, avec cette lecture de C. Lacoste Dujardin, apporter plus de précision: La première fois ou le roman de la virginité perdue à travers les siècles et les continents.

    Néanmoins, très répandue dans le pourtour méditerranéen, on peut affirmer que l'obligation de virginité était présente bien avant l'arrivée de l'islam.

    En revanche, de la coutume de montrer le drap blanc après la nuit de noces, Gaudio Attilio affirme: «La coutume très répandue dans beaucoup de pays islamiques, qui prévoit l’exposition du linge taché après la nuit nuptiale, trouve sa justification dans le droit coranique qui considère en effet que le contrat de mariage n’a une validité effective qu’à partir du moment où le mariage a été consommé, et exige, sous peine d’annulation du mariage, la preuve de cette consommation. C’est d’ailleurs à ce moment-là seulement que la jeune femme cesse d’être soumise au pouvoir paternel pour passer au pouvoir du mari.» p. 54.[size=12] http://confluences.ifrance.com/textes/41zemmour.htm

    Cette pratique est peut-être venue renforcer un droit coutumier basé uniquement sur la parole.

    - De l’association virginité-l’herma-nif : j'ai trouvé très intéressant cet article, certes de lecture un peu ardue, de Serge Lesourd, psychanalyste et professeur d’université qui, pour analyser le comportement des jeunes beurs face à la sexualité, reprend une lecture de P. Bourdieu de l’honneur chez les Kabyles. Je mets ici en ligne le passage le plus significatif :
    «L’honneur kabile : une éthique sexuelle

    Encore récemment j’interprétais les comportements de prestance adolescents, comme nombre de mes collègues, comme une revendication moïque de puissance face aux enjeux de la rencontre des manques dans les opérations juvéniles de castration. Si cette interprétation n’est pas fausse, elle m’apparaît aujourd’hui insuffisante. C’est la relecture de cet ancien texte, un peu oublié, de Pierre Bourdieu qui a ouvert pour moi un autre éclairage de ces comportements. Dans ce travail consacré à l’étude de la société kabile, Bourdieu fait une lecture fine d’un processus sublimatoire de régulation des liens sociaux qui associe la question du don et du don en retour, avec celle de l’honneur et du défi. Ces deux modes de rapport à l’autre sont intimement liés, « le don est un défi qui honore celui à qui il s’adresse, tout en mettant à l’épreuve son point d’honneur [le nif qui exige réponse]… Le respect de la règle exige, dans les deux cas [défi ou don] qu’il soit laissé une chance de réponse, bref que le défi soit raisonnable [5] ». Il y a dans ce mode d’être à l’autre une règle qui impose l’échange à partir du désir d’un seul, mais qui engage fortement celui qui reçoit le don ou le défi dans un échange éternisé. En effet, le don comme le défi sont perçus comme une atteinte au point d’honneur, à l’amour-propre, qui entraîne un déshonneur virtuel, et l’individu se trouve, sous la pression du groupe, soumis à trois alternatives : soit il ne répond pas et l’absence de réponse provoque le déshonneur, soit il refuse de risposter ou de rendre le don et alors il est objet du mépris collectif et individuel, soit enfin il riposte (par un autre défi ou un contre-don) et, retournant par là la situation, il force alors son partenaire à relancer la machine. Ainsi se crée un lien, non de réciprocité, mais d’échange désirant où les objets échangés dans le don, comme l’honneur mutuellement soutenu par le défi, font rapport au semblable et reconnaissance mutuelle.

    Si nous en restions là, ce qui fut le cas de Mauss, nous pouvons comprendre ce type d’échanges comme une série d’enjeux narcissiques de reconnaissance entre pairs d’une même société pour soutenir les lois de l’alliance entre groupes agnatiques. Mais Bourdieu va plus loin dans sa description de l’honneur kabile en distinguant, dans les pratiques de défi et de risposte, deux sens différents du mot honneur : le nif, c’est le point d’honneur que l’on pourrait traduire en français par réputation, la hurma, c’est l’honneur en ce qu’il renvoie au plus sacré. Ainsi « le défi atteint seulement le point d’honneur, le nif; l’outrage est viol des interdits, sacrilège [atteinte à la hurma]. Aussi l’atteinte à la hurma exclut-elle les arangements ou les dérobades [6] ». Cette distinction entre deux formes d’honneur les laisse pourtant intimement liées. Ainsi si l’offense, l’atteinte de la hurma est « brisure », elle peut être restaurée par le nif, ce qui implique cette particulière vigilence pointilleuse sur le nif, le point d’honneur, comme garantie de l’honneur sacré, la hurma. Or ce qui caractérise le sacré, c’est son côté voilé, fermé, secret, la hurma est le monde du dedans, le monde secret de la vie intime, de l’intérieur de la maison. La hurma s’inscrit ainsi du côté des femmes, de la puissance sacrée des guérisseuses [7] alors que le nif, le point d’honneur, est lui du domaine de la puissance bénéfique et protectrice (c’est lui qui peut réparer l’hurma brisée), du côté de la défense extérieure, et s’inscrit dans les principes virils du masculin et des hommes. Si la femme doit donc protéger l’intime du sacré et veiller « par sa conduite à n’altérer en rien le prestige et la réputation du groupe ou de son homme [8] », l’homme, de son côté, doit « avant toute chose protéger et voiler le secret de sa maison et de son intimité [9] ». Cette répartition des rôles fait de l’honneur kabile une éthique sexuelle qui se différencie entre les sexes, mais aussi suivant les situations. L’éthique kabile de l’honneur doit se comprendre ainsi comme une éthique sexuelle, comme une pratique sexuelle sublimée, comme une façon de construire du sexuel et d’en jouir d’une manière conforme au moi et aux prescriptions de l’idéal du moi, soit des prescriptions données au moi pour régler sa conduite dans l’organisation symbolique du lien social. Dans cette construction d’une double polarité de l’honneur partagé entre intime et extérieur, nous pouvons lire avec Bourdieu la question de la différence des sexes et de l’éthique sexuelle civilisée, mais nous pouvons aussi y entendre la différence entre sujet et moi qui pose alors la question de l’éthique du sujet, l’éthique du désir, soit du sexuel au sens freudien du terme, telle que Lacan la reprend dans son séminaire de 1959-1960.
    Les grammaires du sexuel

    Cette construction, infiniment subtile des rapports sociaux, devient pour le kabile « une grammaire qu’il utilise sans le savoir [10] ». Il s’agit bien ici d’entendre cette grammaire comme une structure langagière qui permet au sujet de mettre en ordre, en forme son désir par cette grammaire construite dans l’ordre symbolique. L’ordonnancement du désir par le jeu social et par le langage doit en effet, comme le remarque pertinemment Bourdieu, être compris comme une grammaire, soit comme une mise en forme du sens du désir que le sujet utilise mais qui en même temps le constitue. La sublimation, forme sociale de l’éthique du désir, est cette grammaire du désir. Ainsi la logique du don et de l’honneur kabile sert-elle d’abord et avant tout à gérer le rapport sexuel qu’il n’y a pas, en le faisant exister dans les jeux subtils du défi et de l’honneur, du don et de la dépendance. La place assignée à chaque sexe est à entendre, sur la place publique, comme une mise en forme sublimée du plus intime, le sexuel pour chacun des individus.

    Cette subtilité de la sublimation kabile a été perdue dans la migration du fait de la rencontre d’un autre mode d’arrangement du sexuel dans les sociétés occidentales modernes, où la notion de l’intime et du subjectif est portée par une autre logique, une autre éthique, celle de la réalisation individuelle et de la monstration publique de son existence [11], je vais y revenir par la suite.

    http://www.cairn.info/article.php?ID_REVUE=FP&ID_NUMPUBLIE=FP_007&ID_ARTICLE=FP_007_0129


    La remarque qu’il fait à la fin concernant les jeunes issus de l’immigration concerne, à mon avis, tout aussi bien la jeunesse kabyle d’aujourd’hui qui est, elle aussi, confrontée à la conception occidentale de la sexualité par le biais des médias (télévisions et Internet).

    Le sujet est encore à développer, notamment concernant l'aspect que tu soulèves sur l'évolution des moeurs.

    Tanemirt
    Louisa

    Message le Dim 25 Fév - 13:03 par allouchehakim

    Une brassée de savoir :

    Azul Louisa;

    J’étais malade. La fièvre générée par mes mille et une questions a fait de moi un homme en errance. En quête de réponses comme thérapie à la douleur qu’aucun médecin n’a su guérir. J’ai suivi un fil long dans la toile qu’un monde magique nommé Internet. Un fil parfumé d’une odeur qui a réveillé en moi toute mon enfance. Il est très long à l’image de celui qu’une grand-mère souhaitait en racontant le conte à son petit-fils: « Que mon conte soit beau et se déroule comme un long fil ». Je me suis vu comme autrefois l’enfant émerveillé sous les effets mystérieux du conte de ma grand-mère. Est-ce bien réel ? Oui, Je suis cet enfant en résistance à la fatigue causée par la somnolence. Sans cesse, je suppliais mon âme de rester éveillée afin d’écouter les paroles de mes ancêtres transmises comme un relais doré d’une génération à une autre. Sur mon chemin en suivant le bout du fil, j’ai vu de loin des femmes qui le tissaient avec dextérité pour confectionner une toile conforme à celle d’une araignée. Cette toile est destinée vraisemblablement à la mère choisie de ces femmes: « Teryel ». J’ai été partagé entre la peur d’être dévoré par l’ogresse et l’espoir d’obtenir enfin un remède…

    … La petite voix me disait : « Vivre dans la peur est la pire de toutes les souffrances ». Ainsi, mon cœur assoiffé s’est ressourcé à une fontaine tellement pure que le courage l’a choisi comme foyer. La fièvre a troublé, peut être, ma vue ; une silhouette nue entourée d’une toile multicolore est apparue. Ma première vision n’est qu’illusion. Est-ce Loundja ? En vérité, elles étaient nombreuses, charmantes, séduisantes, souriantes et habillées à la traditionnelle. Elles ont tout pour plaire. En me rapprochant de plus près, j’ai entendu des voix chuchotant leur prénom : «Yessis N Teryel ». Elles invitaient les femmes mais aussi les hommes à participer au tissage mixte et universel dont le secret repose sur l’échange et le partage. A travers leurs appels vers les hommes, elles préféraient dire « Iwaγzniwen » signifiant éventuellement leur courage pour affronter Tseriel comme des lions. Elles ont le don et le charme de l’accueil à tel point que l’on se sent instantanément chez soi. Yessis N Teryel m’ont accueilli en me disant : « Ansuf yissek, axxam-a d axxam-ik…. ». Elles ont cherché loin pour m’apporter des longs textes riches et divers. Ces textes ont été cueillis soigneusement comme une brassée d’herbes médicinales pour me permettre de retrouver finalement la voie de la guérison par le savoir. Maintenant, je suis guéri.

    La petite voix me disait : « Mon conte est comme un ruisseau, je l’ai compté à des seigneurs !»

    Le texte ci-dessus est mon invitation aux miens pour vous rendre visite.
    http://j.naili.free.fr/forum/viewtopic.php?t=204

    Tanemirt à Louisa.

    à bientôt Wink
    avatar

    Message le Ven 2 Mar - 12:55 par louisa

    Azul Hakim,

    J'ai longtemps remis à plus tard ma réponse à ton message. J'attendais de naviguer suffisamment sur ton site pour te rendre la politesse. Je ne voulais surtout pas me contenter d'un pâle remerciement pour un hommage grandiose, original et tellement profond à l'égard de ce modeste forum.

    La femme et l'homme kabyles sont deux solitudes qui se côtoient, pris au piège l'une comme l'autre de cette énorme dette. Cette dette, contractée au nom d'une vision du monde basée sur ce que Bourdieu appelle une éthique sexuelle, devenue un pari impossible aussi bien pour la femme kabyle que pour l'homme kabyle. Une éthique qui place la valeur de l'individu entre les jambes d'une jeune fille et le NEZ-TINZERT du père, du frère ou de tout autre mâle de la tribu.

    Certes, dans ce système dur, où les rapports de domination sont exacerbés, la femme kabyle paie le gros lot.

    Mais dans cette domination, l'homme kabyle est aussi pris au piège, et l'est de plus en plus, au fur et à mesure qu'un semblant de modernité imposée par l'air du temps remet en cause, fragilise une autorité, un pouvoir qui lui sont transmis juste par le hasard d'une combinaison de chromosomes.


    Voilà pourquoi je me refuse à m'aligner derrière quelque barrière féministe calquée sur le vécu, l'histoire et la psychologie d'autres peuples et d'autres expériences.

    Que de pères kabyles, élevés dans la plus stricte éducation des montagnes de chez nous, ai-je vu craquer devant le sort injuste fait à leur fille que ce soit à cause d'une répudiation des plus viles, d'un divorces des plus injustes.
    Que de frères kabyles ai-je vu écrasés par cet impossible défi du NIF qui les condamne à renoncer à la vie, d'une manière ou d'une autre.

    De cette éthique de vie enfermée dans des membranes muqueuses, la société kabyle se devrait de découvrir une nouvelle éthique basée sur le droit, l'égalité et le sens des responsabilités; une société où l'éthique citoyenne ne se monoie pas par des défis ridicules, d'un autre âge qui plus est se trouve aujourd'hui soumise à une entreprise de déculturation et de dépersonnalisation des plus sournoises, des plus dangereuses.

    Voilà pourquoi, je ne peux concevoir l'émancipation de la femme kabyle, mais surtout l'amélioration de sa condition, que comme un dialogue entre elle et l'homme kabyle.

    Ensemble, ils finiront de tisser le long fil de l'évolution, dans la tendresse de l'égalité entre les sexes enfin retrouvés;

    Ou alors, ensemble, ils rejoindront les espèces disparues. Pire, ils renforceront la marche des Barbares!

    nek, ssaramegh, tamacahut n'sen, nnegh, at'dhva3 am usaru...


    Encore une fois, merci Hakim pour ton hommage qui a su saisir la quintescence d'une métaphore.


    Je viendrais sur ton site, discuter en toute fraternité. Promis.

    Louisa

    Message le Sam 10 Mar - 16:38 par allouchehakim

    Art & Artisanat

    Azul Yessis N Teryel;

    Mon
    ami Chaâbane Mesbah aura le plaisir de vous accueillir dans le 1er salon Art & fact Artisanat et cultures et de vous montrer ses dernières œuvres réalisées à Saint Denis. Cette fois-ci, Chaâbane a choisi une thématique mettant en valeur la technique de création des bijoux kabyles. C’est sa façon à lui de souhaiter une joyeuse fête à toutes les femmes du monde entier. A travers ses tableaux, l’homme aux mains prodigieuses nous confie quelques secrets hérités de l’artisanat kabyle des siècles anciens. Il met la lumière sur des bijoux atypiques et précieux portés par la femme kabyle qui rajoutent à son charme une touche angélique. A travers son choix de la citation de Taos Amrouche : « Nos bijoux sont exposés, nos poèmes, contes et chansons sont répertoriés partout, ailleurs à l’étranger à quoi serviront alors vos lois et vos discours » qu’on peut lire sur l’une de ses œuvres distinguées, notre artiste illustre comment la femme kabyle a su conquérir deux mondes extrêmement complexes. D’un côté, elle dévoilait sa beauté mystérieuse avec don et art. De l’autre, elle mettait perpétuellement de l’avant son engagement, détermination, combat et soif de la liberté.

    Que dire à toutes ces femmes divines :
    « Vous êtes en nous et nous sommes en vous.
    Que nos esprits et cœurs soient ouverts et subtils afin d’apprécier notre Amour éternel »

    Joyeuse fête à toutes les Yessis N Teryel !

    Merci à toi Louisa, j’ai trouvé tes messages sincères, constructifs et authentiques. Se comprendre me procure un sentiment de béatitude.

    à bientôt Smile




    Invitation


    Mercredi 14 mars 2007 de 11h à 20 h.
    1er salon Art & fact Artisanat et cultures de plaine commune
    A l’usine 379, avenue de Président Wilson ; Saint-Denis
    Entre transmission des gestes, mémoires des hommes et des femmes transformant la matière et création qui témoigne de notre siècle…Art & fact présente des savoir-faire artisanaux du territoire emprunts de différentes régions du monde, de différentes époques.
    Artisans d’art, associations et habitants vous feront découvrir leurs métiers, leurs productions : fonderie d’art, ébénisterie, accessoires de mode, produits d’un terroir urbain, objets du commerce équitable…
    Une vingtaine de stands mettront en valeur ce patrimoine vivant autour de l’environnement, matière à savoir-faire, objets de tradition, objet de création, l’artisanat, révélateur de cultures d’échanges.
    Ce salon est organisé dans le cadre d’un projet européen Equal « Territoire et patrimoines, pour une économie partagée », à l’occasion de son séminaire transnational.

    Tout public entrée gratuite.
    Soyez les bienvenus (es)
    Voir le plan d'accès
    http://www.lusine-saintdenis.com
    http://chaavane.over-blog.com

    Message le Mer 20 Fév - 14:59 par Massilia

    L'enfant dormeur..

    Quand une jeune femme se retrouve veuve, sa belle mère la questionne, en présence d'autres femmes (dites sages), aussi bien de la famille de son mari que de la sienne :

    "es-tu enceinte?"

    La jeune femme a un délai de réflexion, qui peut aller d'un jour à une semaine (asouk ar wayed) et déclarer si oui ou non, elle est enceinte.
    Passé le délai des 40 jours, après la mort du mari, il n'est plus possible de changer sa déclaration.

    Pourquoi cette question ?

    Il se trouve que la jeune femme peut ne pas présenter les signes de la grossesse au sens physique du terme. elle peut avoir ses régles normalement.. et rester ainsi un, deux voire plusieurs années sous le statut de femme enceinte porteuse d'un enfant dormeur.

    Cet enfant dormeur pourrait "venir au monde un an, deux ans voire des années après le décès du mari". le plus fantastique, c'est qu'il est choyé, adoré de tous et bénéficie en quelque sorte de l'adoration de toute la famille. c'est l'enfant "extraordinaire".

    Pourquoi, la socité kabyle avait-elle inventé cette histoire ?

    Vous savez combien, la tradition est dure envers les jeunes femmes veuves : plus le droit de se maquiller, de sortir librement.. bien sur, s'elle décide de rester dans la maison de son défunt mari. ce que faisaient la majorité des femmes. en fait, pour elles, c'était le seul moyen de rester avec leurs enfants. On disait "taqim ar tarwas".
    Alors, avec "cet enfant dormeur", la dure société kabyle a quand m^me inventé une possibilié pour elle de trangresser l'interdit d'une sexualité extra conjugale mais elle ne peut "en être enceinte qu'une seule fois" !

    Voilà.. peut être connaissez vous cette histoire..

    Massilia

    Message le Ven 22 Fév - 13:34 par windejjatmeziant

    azul,
    c est la premiere fois que j entends cet concept d enfant dormeur. C est l oeuvre de quelqu un pour qui "imposer la paix en apaisant les esprits" vaut beaucoup plus que "le lavage de l honneur de la famille".

    je suppose que Marie, la mere de Jesus, n aurait eu aucun probleme a se justifier alors... il serait interessant de savoir de l endroit ou cette histoire provient. Je suis de At ghovri et ce concept m est inconnu.

    sinon, pour un peuple qui se reconnait en la nature, il serait inconcevable que notre peuple ait cru a un tel scenario. Comme en moyenne, les enfants naissent au bout de 9 mois, un sage a du faire recours a un tel subterfuge pour calmer la colere d une famille d une veuve, indiscrete, dans le passe kabyle... d ou l histoire.

    sinon, et si j accepte le concept de l enfant dormeur, je ne peux que conclure que notre societe a toujours ete une societe ouverte vers une certaine liberte' sexuelle, au sens de "les desirs charnels sont parfois incontrolable", jusqu a ce que ceux qui nous ont pris nos terres en echange d un livre ont envahi nos contrees.

    z-righ d'elmagh...cituh'.

    W.

    Message le Sam 23 Fév - 5:10 par Massilia

    Azul awin,

    Je crois que toutes les sociétés ont inventé des "façons fantastiques" ou "de croyances magiques" de faire face aux conflits, de régler les tensions et aussi de contourner des régles dures, d'accepter en quelque sorte de leur faire une entorse. L'idée de l'enfant dormeur me plait beaucoup.. je la trouve poétique et pleine d'acceptation de "ce fruit interdit" de la transgression..l'enfant dormeur est choyé.. il est à la fois, la preuve de l'entorse à la régle et il est en fait célébré comme tel. Seulement voilà, une seule et une seule fois ! ! !

    Moi, je suis originaire de petite Kabylie..

    Au Maroc, aussi il y a chez les riffins quelque chose comme ça..mais, ça se vit autrement. Il y a eu d'ailleurs un beau film intitulé "l'enfant dormeur". désolée, ne me rappelle pas du nom du réalisateur, peut être que quelqu'un sur ce forum pourra nous le donner.

    Il y a aussi cette histoire de mariages avec les "hommes et les femmes de l'ombre" : Tiruhaniyinit, qui à mon avis ne sont pas le fait de la venue de l'islam et des "junun et cie" mais bel et bien une autre façon qu'a inventée la société kabyle pour accepter le célibat de certains, très rares mais exitants.. et aussi de l'homsexualité, notamment féminine..
    Ces êtres de l'ombre, ce sont aussi "iâssassen an wakham: les gardiens de la maison". ma mère, lorsqu'on rentre de voyage, salue les gardiens de la maison et au moment de partir leur dit aurevoir et les remercie de veiller sur nos choses..

    Je ne suis pas anthropologue mais je crois qu'au delà de la gestion des conflits, de la paix sociale.. il y avait chez nos ancestres une vraie culture animiste, une croyance en l'existence des choses et des êtres par eux mêmes.. Alors, l'enfant dormeur a été conçu mais le chagrin de sa mère, son chagrin de naître orphelin l'ont fait rester à l'état "d'oeuf", le temps de faire le deuil.. au final, une stratégie d'apaisment social quand même, mais elle n'aurait pas marché s'il n'y avait pas ce terreau animiste.
    A ce jour, ma mère nous dit de faire attention à ne pas marcher avec "pression" sur la terre, de pas trop sauter??Atnhugal (elle sera dérangée) dans son sommeil et alors..et alors, son réveil risque d'être terrible.. le respect des élémnts est ainsi uen recherche d'harmonie..


    Massilia

    Message le Sam 23 Fév - 8:36 par windejjatmeziant

    Massilia,

    avec le temps et la decouverte de ma culture kabyle, je comprends de
    plus en plus le concept des i3assassen... cette pratique d animer la
    nature en lui donnant des esprits un peu partout, et en fait, un moyen
    que nos ancetres ont invente' pour parfaire cet animisme... il se passe
    de livres divins et surtout de maison de Dieu... Ils ont adopte' le
    vaste, la nature, le grand Opening, un monde sans frontieres, en
    harmonie avec leur facon de vivre leur vie... dommage que nous nous en
    eloignons de plus en plus avec notre exil force' ou simplement
    circonstanciel...
    la kabylite' est universelle... on peut la vivre aux quatres coins du monde.

    Je parle a mon geranium... il me vient de la tombe de ma grandmere... en quelque sorte, d a3essass bwaxxam anda lligh.

    merci de deterrer "l enfant dormeur" et "tirih'aniyin".

    Windejja-tina.
    avatar

    Message le Lun 21 Avr - 19:38 par louisa

    Massilia a écrit:L'enfant dormeur..

    Quand une jeune femme se retrouve veuve, sa belle mère la questionne, en présence d'autres femmes (dites sages), aussi bien de la famille de son mari que de la sienne :

    "es-tu enceinte?"

    La jeune femme a un délai de réflexion, qui peut aller d'un jour à une semaine (asouk ar wayed) et déclarer si oui ou non, elle est enceinte.
    Passé le délai des 40 jours, après la mort du mari, il n'est plus possible de changer sa déclaration.

    Pourquoi cette question ?

    Il se trouve que la jeune femme peut ne pas présenter les signes de la grossesse au sens physique du terme. elle peut avoir ses régles normalement.. et rester ainsi un, deux voire plusieurs années sous le statut de femme enceinte porteuse d'un enfant dormeur.

    Cet enfant dormeur pourrait "venir au monde un an, deux ans voire des années après le décès du mari". le plus fantastique, c'est qu'il est choyé, adoré de tous et bénéficie en quelque sorte de l'adoration de toute la famille. c'est l'enfant "extraordinaire".

    Pourquoi, la socité kabyle avait-elle inventé cette histoire ?

    Vous savez combien, la tradition est dure envers les jeunes femmes veuves : plus le droit de se maquiller, de sortir librement.. bien sur, s'elle décide de rester dans la maison de son défunt mari. ce que faisaient la majorité des femmes. en fait, pour elles, c'était le seul moyen de rester avec leurs enfants. On disait "taqim ar tarwas".
    Alors, avec "cet enfant dormeur", la dure société kabyle a quand m^me inventé une possibilié pour elle de trangresser l'interdit d'une sexualité extra conjugale mais elle ne peut "en être enceinte qu'une seule fois" !

    Voilà.. peut être connaissez vous cette histoire..

    Massilia

    Camille Lacoste-Dujardin rapporte cette coutume dans son dernier livre La vaillance des femmes. Les relations entre femmes et hommes berbères de Kabylie.

    Selon cette coutume de l'enfant endormi, la grossesse peut durer des années!

    Elle est invoquée lors d'un adultère, d'une stérilité de la femme (pour empêcher un éventuel remariage de son conjoint), lors d'un veuvage, pour l'héritage.

    Cette «pratique», selon elle, a donc une fonction sociale plus large que ce que vient de décrire Massilia: elle intervient dans l'adultère certes, mais aussi dans l'héritage, le veuvage et le mariage.

    Selon Camille Lacoste-Dujardin, qui reprend Louis Milliot, cette «coutume» est attestée chez tous les Berbères d'Afrique du Nord qui l'ont intégrée dans leurs systèmes juridiques, même si elle évoque une coincidence avec la loi islamique (le Coran parle de 30 mois pour la durée d'une grossesse).

    Selon Camille L.-D., cette pratique fait partie des contre-pouvoirs que la femme kabyle s'est dotée pour contre-carrer un système patriarcal tout à l'avantage de l'homme.

    L.

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