Yessis n Teryel

Amuggar n Teqbayliyin - Forum des femmes kabyles


    Reportage sur la Kabylie

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    nora

    Nombre de messages : 14
    Date d'inscription : 01/01/2007
    11032007

    Reportage sur la Kabylie

    Message par nora

    Azul akw,


    Je mets ici une partie de mes notes prises lors de mon voyage en Kabylie à l'été 2006 et publiées sur le site de Tamazgha. Je mets ici la partie concernant les femmes militantes, Des femmes dans la tourmente
    http://www.tamazgha.fr/article.php3?id_article=1825

    Vous pourriez lire l'ensemble du carnet, appelé: La Kabylie, sur les décombres des printemps à l'adresse

    http://www.tamazgha.fr/article.php3?id_article=1821

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    Kabylie

    Des femmes dans la tourmente



    Quatrième partie


    Des femmes dans la tourmente

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    Qu’on lui donne encore cent ans ...et qu’on lui donne une chambre personnelle et cinq cents livres de rentes...et un beau jour elle écrira un livre meilleur.
    Virginia WOOLF, Une Chambre à soi.
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    Lorsqu’on parle de Kabylie, il est coutume d’entendre une question, tel un leitmotiv : Où sont les femmes ?

    Aujourd’hui, à Tizi, les femmes sont partout et en grand nombre. Même en été ! Elles y prennent d’assaut les boutiques de la "Grande Rue" (on oublie souvent qu’elle est baptisée du nom de... Abane Ramdane), le marché du 1er Novembre, ce chancre putride qui a remplacé les bosquets de genêt qui donnaient jadis sa couleur emblématique à Tizi, le marché couvert, la rue Lhevs (Khodja Khaled pour l’administration), la gare routière...

    Je me rappelle ces étés des années 80 où il était exceptionnel de trouver une fille en ville en dehors de l’année scolaire et universitaire. Si, par hasard, on en rencontrait une, on "savait" qu’elle était forcément de "M’douha", la seule cité de "jeunes filles" à l’époque. Plus probablement encore, une fille du "Comité" [1].
    Il s’agit d’une époque, pas si lointaine, où prendre un taxi relevait, quand on est une femme, d’un acte hautement ... engagé, mais aussi risqué !

    Aux principaux carrefours de la "Grande Rue", un "charmant" spectacle : des jeunes policières, munies de gilets pare-balles, essaient tant bien que mal de régler une circulation infernale, sous le regard amusé de jeunes passants aux occupations incertaines.

    À la Nouvelle-Ville, où se trouve maintenant ce qui devait être le dernier jalon du fameux pôle technologique de l’Université de Tizi, les filles sont également très nombreuses.
    Les flics en civil y paradent aussi, sans aucun effort de camouflage.

    Bien entendu, le voile, jadis apanage des étudiantes venant de Chlef, a fait son apparition de manière très visible dans les rues sales de Tizi.

    Les femmes ont également intégré le "commerce", notamment les plus lucratifs d’entre tous : l’habillement et le... téléphone portable.

    En politique, les femmes ne sont pas en reste. L’une d’entre elles, je l’ai rencontrée sur son lieu de travail, un local commercial pas très loin de l’hôtel Lalla Khedidja. Il s’agit de Kamira Naït Sid.




    Cette femme a une longue connaissance du milieu politique local, depuis son engagement qui remonte à ses années de collégienne. Ancienne militante au sein du RCD, c’est tout naturellement qu’elle reprend la lutte avec les événements du Printemps noir durant lesquels elle a réussi à se faire élire dans son quartier, dans la Haute Ville de Tizi. Un exploit, lorsqu’on sait que cette partie de la ville de Tizi-Ouzou est gangrenée par les islamistes. C’est à cette époque qu’elle crée le Collectif des femmes du Printemps noir dont elle est présidente.
    Aujourd’hui, Kamira lutte sur plusieurs fronts : droits des femmes, droits des Amazighs et des peuples autochtones et l’autonomie de la Kabylie. Mais c’est au sein du Congrès mondial amazigh (CMA) qu’elle s’investit le plus.
    Elle est aussi très engagée sur le terrain de "la société civile" où elle intervient, en partenariat avec des ONG internationales. La formation de cadres associatifs est son cheval de bataille.

    L’autre, je l’ai rencontrée au siège de la Médiathèque, véritable institution de formation aux médias : Ferroudja Moussaoui.



    Depuis ses divers engagements au sein des structures étudiantes de l’Université, en passant par l’association de femmes Tiγri n’ttemetut et le Comité Bessaoud Mohand Arab, aujourd’hui ses occupations sont sur le terrain de la coopération avec les ONG, internationales notamment (Tourisme solidaire, Forum méditerranéen, etc.). Elle est impliquée dans une cellule d’écoute pour les femmes victimes de violences, projet financé par une ONG américaine, Droit et démocratie. Elle est également en charge du projet "Tourisme solidaire", initié avec le Forum méditerranéen. Très proche de la CADC, aile dialoguiste, elle défend les acquis du dialogue. Investie dans le Printemps noir, elle revient longuement sur toutes les embûches auxquelles elle s’est heurtée : interdiction de participer aux conclaves en tant que membre à part entière, mais juste en tant qu’observatrice, les attaques sournoises de la part des militants des autres partis politiques, notamment le FFS et le RCD, et les divers harcèlements de la part de la police.
    Concernant la situation politique en Kabylie, elle est convaincue qu’il y a volonté de pourrissement. Selon elle, le flicage de la société a repris de plus belle.

    Volontaires et dynamiques, ces militantes, qui ont pris des voies différentes, ont pu résister à la tempête du Printemps noir, aux inimitiés politiques, aux pesanteurs sociales et aux intimidations policières de plus en plus menaçantes. Engagées dans plusieurs projets, c’est sur le terrain de "la société civile" qu’elles se focalisent. Si elles semblent éparpillées dans de nombreuses initiatives, il est indéniable que par leur présence, elles sont les premières femmes politiques, issues de la revendication amazighe, à s’inscrire dans la durée. Ce qui relève de l’exploit dans une région où faire de la politique, y compris pour les hommes, relève d’un parcours de combattant tant les luttes partisanes sont féroces et parfois plus inhibitrices que les forces répressives du pouvoir algérien.


    En terme de participation féminine à la vie politique locale, la surprise vient du champ autonomiste où semble émerger une nouvelle génération de militantes.
    S’il est tôt d’en faire le portrait, il est indéniable, de par leur discours auquel j’ai eu accès lors d’une rencontre organisée par le CMA [2], qu’elles semblent faire preuve de beaucoup plus de pragmatisme et paraissent moins engluées dans les considérations idéologiques et/ou partisanes.

    Ces femmes sauront-elles incarner ce modèle politique féminin qui manque tant dans le microcosme politique local ? Trop tôt pour le dire...



    En matière de modèle féminin, la Kabylie, région rurale faut-il le rappeler, n’en manque pourtant pas au quotidien. C’est le cas de madame S. B., pharmacienne de son état. Et amie de longue date. Après avoir longtemps travaillé dans le secteur public, elle a décidé de voler de ses propres ailes. Elle ouvre ainsi sa pharmacie qui ne cesse de prendre de l’ampleur au point de devenir une référence locale. Pourtant, ce ne sont pas les embûches qui ont manqué sur son chemin, notamment avec ses collègues de l’Ordre des pharmaciens. Mais si, aujourd’hui, elle s’est imposée, c’est surtout grâce à un sens de l’éthique, à un profond humanisme et à une rigueur professionnelle à toute épreuve !
    Que ce soit envers ses employés, avec lesquels elle est très exigeante mais auxquels elle offre une très bonne grille salariale, que ce soit envers les patients, elle en appelle à la même démarche : la conscience professionnelle et citoyenne !
    De son passage dans les milieux politiques de gauche, elle en a gardé une grande sensibilité aux enjeux sociaux. Dans l’exercice quotidien de sa profession, elle fait preuve d’une grande compassion pour les patients qui viennent la voir au quotidien. Sensibilisée à la condition des femmes, elle prend de son temps pour porter le message de l’urgente éducation à mener dans ce domaine, parfois sur des terrains aussi "minés" que celui de la sexualité.
    Gestionnaire efficace, professionnelle humaniste, madame S. B. est un modèle de femme kabyle autonome, audacieuse, enracinée dans sa communauté et sereine. Un miracle, dans ce chaos ambiant dans lequel semble s’enliser la société kabyle.


    Nora Larfi


    Première partie : Sur les décombres des printemps
    Deuxième partie : Un voile pour les collines oubliées
    Troisième partie : Tizi-Ouzou, la grande braderie
    Cinquième partie : De la responsabilité du présent





    [1] Par "Comité", on entend les structures étudiantes autonomes (par rapport à l’UNJA) élues dans les diverses facultés et dans chacune des cités universitaires de l’université de Tizi-Ouzou. Contrairement aux deux autres cités de "garçons" (Hasnaoua et Oued Aissi), il était très difficile de faire élire un comité de cité dans la résidence universitaire de jeunes filles, tant les embûches administratives, policières et les pesanteurs sociales étaient lourdes. Le premier comité de cité élu et réellement fonctionnel à la résidence de M’douha l’a été en 1987. Malika Matoub y a joué un rôle important.

    [2] Rencontre organisée par le CMA le 10 août 2006 à l’hôtel Belloua de Tizi-Ouzou dans le but d’offrir une occasion d’échange pour les acteurs économiques et politiques locaux.


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