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    La femme et les legislatives algériennes (17mai 2007)

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    louisa
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    Nombre de messages : 262
    Date d'inscription : 02/01/2007
    15052007

    La femme et les legislatives algériennes (17mai 2007)

    Message par louisa

    Azul,

    Voici une contribution de Nassera Merah parue dans le quotidien algérien, Le Soir d'Algérie.

    Nassera Merah est une féministe qui a participé à la création de la première association féministe algérienne, l'association pour l'égalité devant la loi, aux côtés d'autres militantes (entre autres Louisa Hanoun) de l'organisation de l'extrême gauche à laquelle elle appartenait, l'OST (organisation socialiste des travailleurs) devenue PT (parti des travailleurs) depuis.


    Dans ce texte, chiffres à l'appui, elle montre que seul le FLN, en accordant la 3e, 4e places de ses listes à des femmes, risque de faire élire le plus de femmes. Quand on sait que l'actuel code de la famille a été concocté par une assemblée FLN, on sait que défendront ces femmes.

    Après, les partisans autoproclamés chantres des droits des femmes viendront nous conter fleurette...

    Le seul reproche que j'ai pour ce texte: aucun mot sur son ex-parti...pourtant, il y en a des choses à dire sur l'amie des travailleurs...De plus, je ne comprends pas bien sa remarque concernant le FLN qui serait conforme avec l'évolution de la société.




    Actualités : CONTRIBUTION
    FEMMES ET LEGISLATIVES 2007
    Combien seront-elles ?

    Par Nassera Merah (*)
    a mascarade électorale et l'absence de démocratie ont toujours desservi les femmes. Si les partis politiques s'en servent pour se rapprocher des sphères décisionnelles, les femmes ne peuvent être que perdantes quand la situation perdure. Dans un souci de crédibilité, je tiens à préciser que cette contribution n'est pas le fruit de mes illusions mais une tentative d'exprimer ce que je pense et ce que je perçois autour de moi.

    Car la construction de la démocratie fait partie de mon idéal même si je suis consciente qu'elle mettra quelques siècles à s'édifier, l'histoire des autres sociétés l'a démontré. Même une démocratie de façade doit être prise au sérieux par ceux qui en sont exclus. Et qui, plus que les femmes, en ont le moins bénéficié? Si, en démocratie, la majorité prend le pouvoir, la minorité a le droit de penser le contraire. Et nous sommes nombreux à être conscients du mépris que les politiques nous portent. Me considérant envers et contre tout(s) comme citoyenne, je m'accorde le droit d'interpeller ceux qui se prétendent porte-parole du peuple, détenteurs uniques du monopole des revendications de ce peuple qu'ils ne voient jamais. A moins d'une semaine des élections que constatons-nous ? Des chefs de partis partout, remplaçant les candidats, empêchant les électeurs de connaître leurs futurs représentants. Les candidats à la télé lisent avec monotonie des textes, comme une corvée administrative à accomplir. Même les candidats de l'époque du parti unique, FLN-partiadministration-Etat paraissaient plus motivés ! Les partis ne s'investissent pas beaucoup dans cette campagne. Est-ce la crainte de la fraude, qui a bon dos, ou l'assurance d'un nombre de sièges, comme ils en accusent les autres parfois? Dans les deux cas de figures, les électeurs-spectateurs que nous sommes obligés d'être pour le moment, et dont les places sont prépayées par les impôts, devraient avoir droit à quelques égards de leur part. A Alger, l'administration a pris de court les partis. Le décor est prêt depuis le premier jour de la campagne mais les partis ne se sont pas empressés de coller leurs affiches. Ils n'étaient visiblement pas prêts. Ils semblent être dépassés par le nombre de panneaux et leurs affiches ne suffisant pas, elles sont collées sur quelques panneaux seulement. Ils ne sont pas dérangés par les portraits des autres chefs de partis qui les occupent. Nous nous éloignons de l'époque où les partis se plaignaient de l'administration qui les défavorisait. Si ces acteurs, pour des raisons qui les concernent, ont décidé de jouer cette comédie, qu'ils respectent le public-électeur. Et pour gagner un siège à l'Assemblée, il faut, au moins, passer par cette campagne-corvée. A moins de considérer, comme Coluche , que la politique "est une rigolade et il faut la laisser aux véritables comiques". En attendant, on ne peut s'empêcher de relever l'aspect dérisoire de ce qui nous est servi.
    Le profil des candidats
    Les listes semblent être plus des propositions pour l'embauche que pour des représentants. Les candidats sont, dans leur quasi-totalité, universitaires. A croire que le système de l'enseignement, tant décrié, est parfait. Or, les profils des candidats ont changé selon les époques. La 1ère décennie post indépendance a inventé des profils de moudjahid. La construction du socialisme, au cours de la 2ème décennie, a fait apparaître des candidats présentant un profil de pauvres. Et s'ils occupaient un poste, c'était pour construire le pays. Au cours de la 3ème décennie, le profil des candidats penchait vers les responsables ayant de l'influence dans les administrations et les "Souks el fellah". La création des partis, durant la 4ème décennie, nécessitait la légitimation par un passé militant dans l'opposition et la clandestinité. Des parcours politiques et des séjours en prison et des gardes à vue ont été exhibés. Et aujourd'hui, c'est un étalage de diplômes universitaires aussi indécent que suspect. Le niveau d'instruction n'est pas une garantie de bonne représentativité. Ce choix est fait au détriment des convictions et des engagements. Certains partis n'ont pas hésité à faire appel à des "compétences" extérieures à leur formation. Certains dénoncent de faux diplômes. D'autres se fabriquent des titres de "cadres supérieurs". A l'exemple du numéro 3 de la liste RND, qui a occulté son titre de membre de la direction de l'UGTA, qui était bien plus honorable si ce n'était le mépris de la réglementation avec lequel il sévissait. Serait-ce un complexe d'infériorité des non-diplômés occupant des têtes de listes face à des universitaires et des cadres dirigeants relégués en bas de listes? Le programme des partis n'est pas plus motivé ni motivant. Les candidats et les discours se ressemblent presque tous. Tous les partis dénoncent tout. Les FLN-RND-MSP imitent les autres et dénoncent encore plus fort, oubliant leurs rôles dans la gabegie. Certains partis de "l'opposition" défendent le programme du gouvernement et trouvent des boucs émissaires tels que les Etats-Unis et les partis concurrents. Le RND nous propose "du travail et de l'espoir pour la stabilité". On n'a vu ni travail ni espoir lorsque son chef était Premier ministre. Le FLN a oublié qu'il a tenu les rênes du pays, depuis toujours, et il ose promettre la stabilité, la solidarité et la prospérité. Le MSP nous demande d'élire ses candidats et de leur demander des comptes après. Mais il oublie de présenter les comptes des précédents. Les partis font le même constat et présentent les mêmes propositions: les aides, les pensions pour les jeunes chômeurs, pour les femmes au foyer. La création d'emplois n'est pas à l'ordre du jour. Le SNMG, depuis le début de la campagne, est passé de 15 à 30.000,00 DA. La surenchère ne coûte rien. Pas de perspectives politiques, pas de projet de société, pas de références idéologiques. Dès qu'on interdit l'utilisation de la photo du président et la religion, la politique perd de sa teneur. Même le 8 Mai n'a pas été exploité à sa juste valeur. La jeunesse n'a pas eu droit à sa mémoire et à son histoire. C'était l'occasion d'appeler les citoyens à participer à la vie politique. La vraie démocratie commence par-là !
    Où se trouve la place des femmes dans ces législatives ?
    On prétend que les femmes ne s'intéressent pas aux élections. Les partis politiques, par militantes interposées, nous avaient préparées à l'exclusion des femmes de leurs listes . Les prétextes invoqués s'avèrent fallacieux. Il ressort des listes proposées que les partis ont su trouver des femmes répondant à leurs exigences. Elles sont diplômées, cadres, responsables, engagées dans les partis ou cooptées. Il semble qu'elles ont répondu à l'appel des partis mais les partis ont-ils répondu à leurs attentes ? Ils semblent unanimes à soulever le problème de la condition des femmes. Ils semblent tous reconnaître que le législateur doit se pencher sur leurs droits. Mais que proposent-ils de concret ? Rien. Les plus généreux proposent des pensions pour la femme au foyer ! Le Code de la famille et la place des femmes dans la société, ne semblent plus les intéresser. Mais leurs nombre et places sur les listes disponibles sont plus parlants. Pour cela, on ne tient pas compte des programmes des partis, les candidates ne se sont pas présentées sur une base féministe. Pourquoi ce profil de candidates alors qu'on prétend que les Algériennes sont arriérées, analphabètes, soumises...? Sur les 19 partis, dont les listes ont été affichées à Alger, 67 femmes se sont présentées sur un total de 440 candidats, soit 15,22%. Le FLN présente le nombre le plus élevé de femmes (10), suivi par le RND, 9. Le RPR arrive en 3ème position avec 6 femmes. Le RCD est classé 4ème avec 5 femmes suivi du MSP, du PRA, de l'ANR, du MNND, de l'INFITAH, et AHD 54( 4 femmes). Parmi les partis qui ont présenté plus de 29 candidats, le FLN reste en tête, avec 28,57% de femmes. Le RND, en a présenté 25,71%. Le RCD avec 15,62% est classé en dessous de la barre des 20%, avec le MSP, AHD 54, le MNND, l'INFITAH, et le FNA ( respectivement 13,79; 12,90; 11,42; 11,42 et 8,82%). Si le pourcentage est supérieur à la moyenne nationale, 6,90% en 2002 et 5,55 % entre 1977 et 2002, cela ne garantit pas une représentativité dans les mêmes proportions. Car, si on les a tolérées, leur positionnement ne leur donne pas beaucoup de chances d'accéder à l'Assemblée. Elles sont classées à partir de la 4ème et 5ème places dans le meilleur des cas. Seul le FLN se distingue avec des femmes en 3ème, 4ème et 6ème places. L'absence d'étude de probabilités ne permet pas une simulation de la future représentativité féminine, ce qui n'empêche pas quelques spéculations. Combien faudrait-il d'élus pour que les 4 ou 5 candidates obtiennent un siège ? Au FLN, elles occupent les N°3; 4;6;11;13;15;22;30;32 et 34. Au MSP, les femmes sont aux N° 4,7;13 et 20 au RCD, elles sont aux N° 5;9;13;15 et 26. Pour avoir 4 femmes ( sans jeu de mots), le RCD doit obtenir 26 sièges, le MSP, 20. Le FLN en aura eu 7 avec 22 élus seulement. Quelles sont les chances d'obtenir autant de sièges ? La stratégie du FLN, l'artisan du code de la famille, est plus judicieuse et surtout plus audacieuse, plus conforme à l'évolution de la société.
    Quel choix reste-t-il aux femmes?
    A l'image de l'ensemble de la société, les femmes semblent se désintéresser de cette échéance. Et pourtant, elles n'ont jamais hésité, elles ont fait des intrusions spectaculaires sur la scène politique lorsque l'enjeu était important. Elles ont, de tous temps, et en tous lieux, imposé leur présence, transgressé, choqué. Elles se sont imposées dans les partis et dans les maquis. Elles ont été repoussées, écartées, exclues, emprisonnées, torturées mais elles n'ont pas lâché prise. Comment et pourquoi s'investiraient- elles maintenant alors que ni les programmes, ni les attitudes des partis ne sont motivants ni encourageants? Les règles élémentaires de démocratie ne sont pas appliquées. On prétend que les listes ont été démocratiquement établies alors que des crises couvent au sein des partis. Les hommes s'en plaignent, les femmes n'osent pas s'affirmer et se contentent de la petite reconnaissance. Elles sont déjà tolérées. Elles ont compris que si elles demandent plus, elles risquent l'exclusion. Tout en saluant le "sacrifice" de celles qui se sont présentées croyant à la démocratie et à leur parti, il ne faut pas oublier que la démocratie ne démarrera que le jour où les partis se prononceront sur un projet de société. Ce projet n'aura pas besoin de discours grandiloquent sur la reconnaissance du rôle des femmes ni de leur reconnaissance condescendante par l'octroi d'une pension de femme au foyer. Le projet de société sera clair, lorsque les détenteurs du pouvoir, quel que soit leur sexe biologique, imposeront à la société un pourcentage de candidates proportionnel au pourcentage de la population féminine. Car seule une politique volontariste assurera l'accession des femmes aux postes de décision. Que les partis ne se cachent surtout pas derrière les traditions et les conservateurs, les meetings dans les villes de l'intérieur regroupent un nombre plus important de femmes que ceux des grandes villes et les meetings tenus par des femmes n'ont pas été boycottés par les électeurs. En réalité, les femmes ne se désintéressent que de ce qui n'est pas intéressant. L'exemple des tricoteuses des assemblées du peuple et de la convention de la révolution française est édifiant.
    N. M.

    (*) Féministe, chercheure sur la mémoire de la lutte des femmes




    Source de cet article :
    http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2007/05/15/article.php?sid=53598&cid=2
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