Yessis n Teryel

Amuggar n Teqbayliyin - Forum des femmes kabyles


    La bénédiction fraîche de la prostituée

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    Nombre de messages : 21
    Date d'inscription : 17/10/2006
    24072007

    La bénédiction fraîche de la prostituée

    Message par Admin

    La bénédiction fraîche de la prostituée :

    Bonjour les anges ;

    La position assise à la réception de mon lieu de travail me fait penser à un voyage que j’ai fait à Amsterdam en 2006. A travers la vitrine en face de l’accueil, mon regard se nourrit de la sympathie échangée, de temps à autre, avec les passants dans la rue. La sérénité ambiante m’invite fréquemment à des rêveries lointaines. Mes pensées regagnent la réception dès l’arrivée ou la sortie de clients.

    Dans ce voyage, j’ai accompagné mon amie pour assister à son séminaire intitulé « Choisir la vie ». A notre arrivée, son organisateur nous attendait à la gare. Il était content de nous accueillir. Il a tenu à nous inviter ce soir-là à dîner. Il nous a emmené chez lui en empruntant des raccourcis. Il nous a fait passé par une ruelle où se trouvaient, à l’intérieur des vitrines, des femmes. A première vue, j’ai cru que c’était des mannequins en plastique qu’on trouve habituellement dans les magasins de vêtement. En fait, ce sont des prostituées habillées très légèrement voire même presque nues en attente d’éventuels clients. Les regards de ces femmes en attente me rappelaient la première et dernière prostituée de ma vie avec laquelle j’ai partagé quelques minutes.

    Durant, toutes les années passées dans mon pays en Algérie, je n’ai jamais eu de relation avec une prostituée même à Oran. Dans cette magnifique ville, surnommée petite Paris, où j’ai passé les premiers mois de mon service militaire, le contact avec les prostituées est très facile. Néanmoins, hors de toute considération de croyance religieuse, je n’étais jamais été attiré ni même imaginé avoir un rapport avec une prostituée.

    Dans les années quatre vingt dix, comme tout étudiant ordinaire, j’avais ma copine à l’université. Nous sommes resté ensemble presque deux ans. Nous avons décidé de nous séparer dans la joie et la compréhension car nous avions des horizons différents. J’ai eu, après ma première copine, quelques relations mais toujours de courte durée.

    En automne 2001, j’arrivais en France pour continuer mes études. Le fait de rester presque six mois absorbé par mon itinéraire quotidien à l’université générait en moi un sentiment de frustration. L’envie d’avoir une copine était, naturellement, présent mais les conditions n’étaient pas favorables pour moi. Je me sentais tout à fait dépaysé. De ce fait, il fallait prendre son temps pour s’adapter au nouveau système. Mon besoin d’affection commençait à me peser. Cette attente dans l’atmosphère de haute solitude accentuait mon désir. Mon cerveau était sans doute paralysé par la pulsion de l’instinct animal. L’envie d’avoir un rapport m’amenait à opter pour une solution jusque-là jamais essayée dans ma vie. Après tout, je me suis dit que j’étais en France. C’est un pays où il y a plus de solutions et de liberté de choix comparativement à mon pays d’origine. A cette époque, je travaillais le matin dans la distribution de journaux gratuits. C’était les premières vagues de productions des quotidiens gratuits. Je distribuais ce quotidien à la sortie de Métro. Je remarquais qu’à la station Strasbourg Saint Denis, la ligne 4, des femmes prostituées attendaient des clients. Deux ou trois semaines après, je partais à mon tour pour satisfaire ma libido. A mon arrivée, je traversais cette rue tout du long. Des prostituées étaient exposées comme des objets en vente d’un côté comme de l’autre. Une belle femme noire me faisait les yeux doux en me proposant ses services avec humour. Sans doute, mon choix portait sur le fait qu’avant ce jour-là je n’avais jamais eu de rapport avec une femme noire. Et donc, c’était comme une sorte de fantasme. Elle m’invitait à la suivre. Je l’ai suivi comme si j’allais récupérer l’objet vendu dans un dépôt. A ce moment-là, j’avais l’impression que mon âme s’était détachée de mon corps. Je suis passé avec cette femme par une ruelle sombre et triste. Nous sommes rentrés dans un vieux bâtiment où les escaliers très anciens en bois résonnaient donnant l’impression de s’effondrer. Cette rencontre inédite de ma vie s’est concrétisée au quatrième étage de ce vieux bâtiment inhabitable. La chambre était petite à peine pour mettre un lit d’une seule place. L’insolite était de s’asseoir sur un banc et d’attendre que la chambre soit libérée par un autre couple pour pouvoir rentrer. On se dit que toutes ces femmes travaillaient dans un bloc des urgences spécialisées pour retrouver en quelques minutes son équilibre sexuel. Cette situation pétrifiait brusquement mon être. Tout d’un coup, je perçois ma raison comme une ombre indissociable de mon corps. Elle attirait toute mon attention que ce n’était pas moi qui est en train de vivre cette expérience. J’entendais les gémissements de la femme à l’intérieur qui avait l’air très expérimenté dans l’art de la simulation. C’était aussi comme signe que la transaction commerciale de son service se déroulant comme prévue dans la négociation avec son client. La prostituée et son client sortaient de cette petite chambre qui ressemble à une prison où les âmes refusent d’entrer. Mon corps rentrait en voyant mon âme s’éloigner de moi pour assumer, tout seul, le sentiment de culpabilité. La femme fermait la porte avec une targette pour me signifier que la mécanique pouvait maintenant commencer. Ma chaire maudite par mon âme portait en elle quelques rares résidus de sensations. La femme me surprenait en tendant sa main comme une mendiante pour me faire comprendre qu’il fallait payer avant. J’ai payé quarante euros. Au même moment, nous avons sortis tous les deux des préservatifs comme si j’avais en moi tout en double. Une image qui ressemble à ces films western américain quand deux cow-boys font un duel. Elle était plus rapide que moi, elle a ouvert le préservatif avec ses dents qui brillaient dans une aire ténébreuse. En tout cas elle passait du temps à me tapoter mon bas ventre dans l’espoir de réveiller en moi l’instinct animal qui était sur le champs presque disparu. Elle réussit finalement à me mettre le préservatif. De évidence, il fallait passer à l’acte. En rentrant à l’intérieur d’elle, je sentais sa fontaine froide.
    Je lui disais : « Pourquoi ta fontaine est si froide ? »
    Elle me répondit : « Je reste pendant des heures debout dans le froid »

    Je n’en voulais en aucun cas à cette femme ni pour sa façon de donner du plaisir ni à sa gentillesse. Par contre, je m’en voulais à moi-même. Je voyais soudainement ma responsabilité au sujet de mon acte machinal. J’entendais le cri le plus violent de ma vie. Cette femme dont je ne connais même pas le nom m’a permis de vivre une expérience dans laquelle mon corps est froidement lâché par mon âme. Ce divorce entre corps et âme rendait instantanément ma carapace dans un état rocailleux et fissuré. Mon âme hurlait avec force et en répétition pour me faire comprendre une fois pour toute qu’elle ne voulait plus habiter mon corps. J’étais pressé de sortir dans l’espoir de retrouver mon âme complètement perdue. Les conditions pour la rejoindre de nouveau étaient, au départ, pour moi, comme un monde étrange, abstrait et difficilement perceptible.

    Que fallait-il faire ? Il fallait des longues nuits avec des pensées profondes pour comprendre ce cri. C’est un signe qui restera à jamais gravé dans le grand soi. Mon corps et mon âme se sont réconciliés pour trouver enfin un accord pour vivre en union cohérente. Cet accord est sous forme d’un contrat moral qui donne une finalité à mon existence. Mon corps redécouvre le plaisir en rencontrant l’Amour et le partage. Il est autorisé à rentrer dans celui de l’être aimé car nos deux âmes créent harmonieusement le bonheur. La fusion parfaite nourrit petit à petit l’extase. Ce sentiment est plus qu’une croyance mais d’être enfin, soi même, semblable au divin.

    à bientôt;)

    Hakim Allouche
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    Message le Mer 25 Juil - 13:21 par windejjatmeziant

    Azul Hakim,

    est ce une fiction?

    je dois dire que tu as une forte imagination. La derniere fois, tu nous as rapporte' l eclatement d un corps a la base de la tour Eifel.
    et la tu nous decris l eclatement d une ame, coupable d un acte qu elle ne se pardonne pas... malgre le dernier paragraphe (qui me semble etre impose'-parachute' dans l histoire).

    ...
    avatar

    Message le Jeu 26 Juil - 10:26 par louisa

    Azul,

    Hakim est interpellé sur son récit. Il est libre de répondre ou de NE PAS répondre!

    Pourquoi?

    La réponse est très simple! L'intérêt de cette rubrique, Une Chambre à soi, est d'offrir un espace d'écriture, de création littéraire. Cad un espace d'expression totalement libre, à moins, comme je l'ai expliqué dans un autre message, de faute grave! (atteinte à vie privée, louange du racisme, du sexisme, de la pédophilie, de l'antisémitisme, du nazisme, etc.)

    C'est d'ailleurs pour préserver le caractère personnel et intime, exigence de toute création littéraire (qu'elle soit fiction ou autofiction), que j'ai décidé de réagir dans une autre rubrique, celle consacrée entre autres à la sexualité.

    Rester cohérent et constructif, tel est l'un des défis auxquels ont du mal à répondre les forums kabyle. Et auquel je reste très attachée ici!

    Tanemirt n'wen!

    Louisa

    Message le Ven 27 Juil - 1:15 par allouchehakim

    Azul windejjatmeziant,

    J’ai beaucoup apprécié votre comparaison subtile entre l’hymne à la vie et la bénédiction fraîche de la prostituée. Par ailleurs, je laisse au lecteur libre cours à sa propre imagination : réalité ou fiction ?

    A bientôt;)

    Hakim ALLOUCHE

    Message le Ven 27 Juil - 11:05 par windejjatmeziant

    Azul Fellak,
    je t assure que la subtilite' etait accidentelle.... J apprecie surtout le contraste que tu evoques dans ce que tu ecris " Mort/hymne a la vie" et "benediction/par un acte tabou"
    Il y a plutot etonnement de ma part dans ton association de mots.
    En effet, tu parles de "hymne a la vie" quand il y a mort.
    Tu parles de "Benediction", entendre purification "a la religieuse" quand il y a en fait "souillure" de l ame (je ne porte pas un jugement mais simplement une interpretation de l ame confuse durant et apres l acte). Il est clair qu il a fallu au caractere en question de ton histoire qu il se batte pour l acte, pour apres essayer de reparer l entente de ton corps avec l ame qui l anime.

    restons dans la fiction.... elle permet beaucoup de liberte'.

    Ps: j espere que tu permets le tutoyement.

    allouchehakim a écrit:Azul windejjatmeziant,

    J’ai beaucoup apprécié votre comparaison subtile entre l’hymne à la vie et la bénédiction fraîche de la prostituée. Par ailleurs, je laisse au lecteur libre cours à sa propre imagination : réalité ou fiction ?

    A bientôt;)

    Hakim ALLOUCHE
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    Message le Ven 27 Juil - 17:33 par louisa

    Azul,

    Observations très perspicaces, Win.

    Personnellement, il y a un autre contraste qui m'a frappée. Il réside dans le titre lui-même.

    En effet, comment peut-on associer la fraîcheur à un acte d'amour (je préfère l'appeler ainsi) réalisé avec une prostituée? On sait que c'est plutôt un acte marchand, sur la fraicheur duquel «le client» ne se fait aucune «illusion»....

    On ne peut même pas croire que la fraîcheur renvoie à autre chose pour l'auteur du texte (comme par exemple à un acte de dépucelage) vu qu'il n'en parle pas comme d'un acte initiatique (ce que peut suggérer le mot «bénédiction»). Même qu'il donne l'impression de juger «mal», a posteriori, son acte et même le renier (au sens sympbolique du terme)...

    L.

    Message le Sam 4 Aoû - 17:07 par allouchehakim

    Etre le figuier paisible ou l’éruption à grand spectacle :

    Je lis, avec ma plus grande joie, vos commentaires et critiques. Il me semble que le contraste me nourrit prodigieusement à l’image de cette lumière paisible et magique pour ce beau figuier. Mon admiration à ce dernier réveille en moi de charmants souvenirs.

    L’envie de créer est comme un volcan dans la profondeur de nos êtres. Chaque œuvre ressemble à une éruption qui provoque un contraste entre la verdure et la désolation.

    A présent, je me sens, parmi vous, chanceux d’être observé et analysé. Que le fruit de mes écrits soit un délice à tout regard fin et admirable. Merci à la plume soigneuse et à ce figuier d’être là !

    N.B : Avec beaucoup de grâce, nous sommes adoptés par Yessis N teryel. Je t’en prie à windejjatmeziant; tout l’honneur est pour moi.

    Salutations fraternelles
    Wink

    Message le Jeu 9 Aoû - 13:42 par windejjatmeziant

    Azul HAkim,
    Il existe aussi dans mon imaginaire d adolescent un attachement des plus inexplicables a un figuier de grand pere. Il etait grand et fort genereux et je ne revenais point bredouille a chacune de mes visites. Mon aqecwal etait toujours garni de figues fort succullentes.
    Il faut dire aussi que sa presence a cote du puits que grand pere avait creuse' avait beaucoup a avoir avec sa bonne et feconde sante'.

    Que sa vision de paix puisse nourrir ta feconde imagination.

    J ai un seul regret. Ce figuier ne m est pas revenu. Mon oncle en a ete l heritier. Cela ne m empechera point de goutter encore a ses figues. J en fait encore mon pelerinage a chaque visite... Rien que pour le voir et admirer sa constance a s eriger la a cote de ce puits, continuant sa tache genereuse, digne d une kabylie qui ne refuse rien a ses enfants.

    W.

    Addendum: je trouve "intriguant" ta facon de t inspirer en evoquant le contraste entre ton beau figuier et le spectable d une nature desolee.
    Quand je vois ce figuier ou que je me le rememore comme en cet instant, je t assure que la seule chose que je vois est une communion de l etre en moi avec la beaute de ce verger dont fait partie ce figuier en question. J y vois amour, bonte', labeur, continuite', paix, en somme, tout ce que peut evoquer la kabylite' et surtout l attachement profond que j epourve envers les miens... ce figuier demeure donc peut etre le summum de tout cet imaginaire que j ai garde' d une epoque passee... Il est vrai que tajnant (la vigne) qui se trouve a peine a une 40aine de metres de mon grand-oncle "jeddi" lwennas, pouvait rivaliser avec le figuier de grandpere. Mais la ce sera un privilege dont peut se targuer un de mes cousins germains, pas moi.

    allouchehakim a écrit: Il me semble que le contraste me nourrit prodigieusement à l’image de cette lumière paisible et magique pour ce beau figuier. Mon admiration à ce dernier réveille en moi de charmants souvenirs.

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